Cuimar : «Notre ambition est de positionner le ‘Moroccan Leather’ comme une référence premium mondiale»

Cuimar : «Notre ambition est de positionner le ‘Moroccan Leather’ comme une référence premium mondiale»

Pionnière dans la valorisation des peaux de poisson issues de l’industrie halieutique, Cuimar a su se faire une place dans l’univers du cuir durable.  Aujourd’hui, la startup nourrit l’ambition de positionner le cuir marocain sur les marchés internationaux haut de gamme.  Entretien avec sa cofondatrice et CEO, Aya Laraki.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Cuimar s’est imposée comme une marque marocaine pionnière du cuir marin durable. Quel bilan faites-vous aujourd’hui du parcours de la startup et des étapes franchies depuis sa création ?

Aya Laraki : Cuimar est née au départ d’une idée simple mais ambitieuse : celle de transformer un déchet sous-exploité, la peau de poisson, en une matière noble et haut de gamme. À travers ce projet, nous voulions démontrer qu’innovation, durabilité et savoir-faire marocain pouvaient coexister dans une industrie aussi traditionnelle que celle du cuir. Aujourd’hui, le projet a énormément évolué. Nous avons commencé avec le cuir marin, mais notre vision est désormais beaucoup plus large, à savoir faire rayonner le cuir marocain à l’international. Le Maroc dispose de l’une des meilleures qualités de cuir d’agneau et de bovin au monde, porté par un savoir-faire historique exceptionnel. Pourtant, ce potentiel reste encore sous-valorisé à l’échelle internationale. Cuimar ambitionne aujourd’hui de positionner le «Moroccan Leather» comme une référence premium mondiale, capable d’offrir une qualité comparable aux standards européens, avec une approche plus agile, compétitive et durable. Nous sommes également la première startup marocaine du secteur du cuir à avoir engagé une démarche structurée autour des certifications internationales et des standards de durabilité, notamment à travers des collaborations avec des organismes comme la Sustainable Leather Foundation. Cela marque une étape importante pour crédibiliser l’industrie marocaine du cuir sur les marchés internationaux.

 

F.N.H. : Vous avez fait le choix original de transformer des peaux de poisson destinées au rebut en cuir haut de gamme. Qu’est-ce qui vous a poussé à miser sur cette matière encore peu exploitée au Maroc et en Afrique ?

A. L. : Ce qui m’a fascinée dans le cuir marin, c’est le contraste incroyable de cette matière. À première vue, la peau de poisson paraît extrêmement fragile et délicate. Pourtant, une fois correctement tannée, elle devient une matière très résistante, souple et surtout visuellement unique grâce au relief naturel des écailles. Au-delà de son esthétique, il y avait aussi une vraie réflexion environnementale derrière ce choix. Nous récupérons une ressource qui était destinée au rebut pour lui donner une seconde vie à forte valeur ajoutée. Cela s’inscrit totalement dans une logique d’économie circulaire. Aujourd’hui, les marques recherchent de plus en plus des matériaux responsables capables de raconter une histoire authentique. Le cuir marin répond parfaitement à cette attente; il apporte à la fois innovation, exclusivité, durabilité et identité forte.

 

F.N.H. : Quels sont aujourd’hui les principaux atouts de votre marque dans un marché de plus en plus tourné vers la mode durable et responsable ?

A. L. : Je pense que la force de Cuimar repose sur trois piliers principaux. L’innovation d’abord, avec le développement de matières encore peu exploitées sur le marché africain, et une forte dimension R&D autour des nouveaux cuirs et des alternatives durables. La durabilité ensuite, fondée sur la valorisation des ressources existantes, la réduction du gaspillage et l’intégration progressive des standards internationaux en matière de traçabilité et d’impact environnemental. Et enfin la qualité. Nous voulons prouver qu’un cuir marocain peut répondre aux exigences des marchés premium et du luxe international. Le Maroc dispose d’une expertise historique dans le tannage et le travail du cuir. Notre rôle est de moderniser cette industrie et de la repositionner sur des segments à forte valeur ajoutée.

 

F.N.H. : À travers vos créations, notamment les sacs et accessoires de maroquinerie, vous développez une nouvelle vision du luxe durable marocain. Comment le marché accueille-t-il ce cuir marin et quels retours recevezvous des clients au Maroc et à l’international ?

A. L. : Aujourd’hui, nous avons fait le choix stratégique de nous concentrer principalement sur notre cœur de métier : le développement et le tannage du cuir. Cuimar évolue désormais comme une véritable maison de cuir, proposant plusieurs catégories de matières, notamment cuir marin, d’agneau et bovin, tout en poursuivant nos recherches autour du cuir vegan et des biomatériaux de nouvelle génération. Les retours du marché sont très encourageants, notamment à l’international. Ce qui intrigue d’abord les clients, c’est l’originalité du cuir marin. Mais ce qui les convainc réellement, c’est sa qualité, sa résistance et son rendu premium. Nous observons aussi une évolution importante des attentes des marques et des consommateurs. Aujourd’hui, ils ne recherchent plus uniquement un produit esthétique, ils veulent également comprendre son origine, son impact et l’histoire qu’il raconte. C’est précisément ce que Cuimar apporte.

 

F.N.H. : Quelle place le financement a-t-il occupée dans le développement de Cuimar et quels ont été les principaux défis rencontrés dans votre parcours entrepreneurial ?

 A. L. : Le financement a évidemment été un enjeu central dans notre développement, comme pour beaucoup de startups industrielles et innovantes. Dans notre cas, le défi était encore plus complexe car nous évoluons dans un secteur traditionnel où l’innovation demande du temps, de la recherche et des investissements importants avant d’atteindre une phase de rentabilité. L’un des principaux défis a été de convaincre que l’innovation pouvait aussi venir d’industries considérées comme «classiques», à l’image du cuir. Il a fallu démontrer qu’il existait un vrai marché pour des matières plus durables et premium issues du Maroc. Mais ces difficultés nous ont aussi poussés à structurer davantage notre vision, à professionnaliser nos process et à construire une ambition beaucoup plus globale autour du cuir marocain.

 

F.N.H. : Le cuir marin peutil contribuer à faire émerger au Maroc une véritable filière industrielle autour de la valorisation des ressources marines et de l’économie circulaire ?

A. L. : En effet, le cuir marin représente une opportunité très intéressante pour le Maroc, à la fois sur le plan économique, environnemental et industriel. Le Royaume dispose d’importantes ressources halieutiques et d’une industrie de transformation du poisson très développée. Aujourd’hui, une grande partie des peaux est encore considérée comme un déchet. Pourtant, ces matières peuvent être transformées en produits à forte valeur ajoutée pour la mode, le design ou même l’automobile. Au-delà du cuir marin lui-même, cela peut encourager l’émergence d’un véritable écosystème autour de l’économie circulaire, de l’innovation matière et du «Made in Morocco» durable.

 

F.N.H. : Quelles sont désormais vos ambitions de développement, aussi bien au Maroc qu’à l’international ?

A. L. : Notre ambition aujourd’hui est de faire rayonner le cuir marocain à l’échelle internationale. À travers le cuir marin, le cuir d’agneau, le cuir bovin et demain les biomatériaux nouvelle génération, nous voulons montrer que le Maroc peut lui aussi devenir une référence mondiale sur les marchés premium et haut de gamme. Nous souhaitons construire une nouvelle génération de maison de cuir marocaine, capable d’allier héritage artisanal, innovation technologique et standards internationaux de durabilité. Et à plus long terme, pourquoi ne pas imaginer une véritable «tannerie 3.0» marocaine, plus innovante et traçable, tournée vers les enjeux futurs de l’industrie mondiale du cuir.

 

 

 

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