Nuelink est un acteur stratégique de l’automatisation des réseaux sociaux. Dans un écosystème digital saturé, la plateforme accompagne créateurs et entrepreneurs vers une présence en ligne structurée et orientée résultats. Entretien avec le fondateur et CEO, Bilal Ararou.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Quel rôle joue Nuelink aujourd’hui dans l’écosystème digital et entrepreneurial, notamment pour les créateurs et les entreprises ?
Bilal Ararou : Aujourd’hui, Nuelink joue un rôle de facilitateur stratégique dans l’écosystème digital. Notre mission consiste à aider les créateurs, entrepreneurs et entreprises à rester visibles et cohérents sur les réseaux sociaux, sans y consacrer un temps excessif ni des budgets élevés. Dans un monde digital saturé, la régularité n’est plus un avantage, c’est une condition de survie. La présence digitale est devenue indispensable, mais elle reste chronophage et souvent mal structurée. Nuelink permet d’automatiser la distribution de contenu, d’organiser les stratégies social media et d’assurer une présence continue, même avec des équipes réduites. Nous aidons nos utilisateurs à passer d’une gestion improvisée des réseaux sociaux à une approche structurée, durable et orientée résultats. L’un de nos avantages clés, notamment pour les entreprises africaines, est l’accessibilité de la plateforme. Nous proposons une solution puissante mais abordable, pensée pour les réalités économiques locales, tout en respectant des standards internationaux. L’automatisation n’est pas un luxe réservé aux grandes entreprises, c’est un levier de croissance pour tous, en particulier dans des marchés où le digital permet d’accéder rapidement à l’international.
F.N.H. : Quelles sont les principales particularités qui différencient Nuelink des autres plateformes de gestion des réseaux sociaux, notamment en matière d’automatisation et d’intelligence artificielle ?
B. A. : Nuelink se distingue par son approche «set it and forget it». Nous ne sommes pas simplement un outil de planification, mais une plateforme d’automatisation intelligente pensée pour fonctionner en arrière-plan. Nuelink n’est pas conçue pour publier un post, mais pour assurer une continuité de présence digitale. Les utilisateurs peuvent connecter leurs boutiques e-commerce, blogs, podcasts ou chaînes vidéo, et chaque nouveau contenu est automatiquement transformé en publications sociales adaptées aux différentes plateformes. Cela réduit fortement la charge opérationnelle liée aux réseaux sociaux et limite les tâches répétitives. L’intelligence artificielle intervient pour assister la rédaction, optimiser les messages et les adapter aux canaux de diffusion. Notre approche reste volontairement pragmatique. En effet, l’IA doit faire gagner du temps, pas remplacer la voix humaine. Elle agit comme un assistant au service de la stratégie et de la créativité.
F.N.H. : Lancée en 2022 à Tétouan, Nuelink compte aujourd’hui près de 45.000 clients à travers le monde, dont une majorité en Amérique du Nord. Comment expliquez-vous cette trajectoire et ce fort ancrage sur le marché nordaméricain ?
B. A. : Dès le départ, nous avons adopté une philosophie simple et efficace, à savoir penser globalement et agir localement. Bien que Nuelink soit née à Tétouan, nous avons conçu et lancé la plateforme dès le premier jour pour un marché mondial. Nous sommes profondément attachés à nos racines marocaines, mais notre ambition a toujours été internationale. Cette vision nous a permis d’obtenir rapidement une forte traction en Amérique du Nord (aujourd’hui, c’est notre principal marché) ainsi qu’en Asie de l’Est. Ces régions sont particulièrement réceptives aux solutions d’automatisation et de productivité, ce qui correspond directement à notre proposition de valeur. Cette croissance repose avant tout sur un produit solide, une écoute constante des utilisateurs et une forte recommandation par le bouche-à-oreille. Nous avons grandi grâce à la valeur apportée au quotidien, bien plus que par le marketing.
F.N.H. : Quelle importance accordez-vous à l’accès au financement dans le développement et la montée en puissance de Nuelink ?
B. A. : Le financement n’est pas une finalité, mais un accélérateur. Jusqu’à présent, nous avons privilégié une croissance basée sur le produit et les revenus, ce qui nous a permis de bâtir des bases solides. Une startup ne se construit pas sur des levées de fonds, mais sur un produit qui répond à un vrai besoin. À l’avenir, l’accès au financement jouera un rôle clé pour accélérer notre croissance, renforcer les équipes et investir davantage en recherche et développement. Il sera également essentiel pour faciliter l’expansion sur de nouveaux marchés stratégiques, notamment en Europe, au MoyenOrient et en Afrique. Le financement devient alors un moyen de structurer l’ambition, pas de la définir.
F.N.H. : L’intelligence artificielle transforme profondément la gestion des réseaux sociaux. Comment anticipez-vous l’évolution de ces usages dans les prochaines années, et comment Nuelink se préparet-elle à rester compétitive dans un environnement technologique en constante mutation ?
B. A. : L’intelligence artificielle va jouer un rôle central dans les mois et années à venir, notamment avec les avancées rapides en génération d’images et de vidéos. La création de contenu deviendra plus rapide, plus accessible et davantage assistée par la technologie. Le futur du contenu sera inévitablement assisté par l’IA. Chez Nuelink, notre vision est d’utiliser cette technologie pour simplifier les flux et réduire la complexité, sans uniformiser les messages. Dans un monde saturé de contenus IA, l’authenticité reste le principal facteur de différenciation. Notre objectif est de permettre aux créateurs et aux marques de montrer leur vraie personnalité. La technologie doit amplifier l’humain, pas l’effacer.
F.N.H. : Quels sont aujourd’hui les nouveaux marchés que vous souhaitez explorer en priorité, notamment en Europe, et comment ces choix s’inscrivent-ils dans vos ambitions de développement et de positionnement international ?
B. A. : Nous observons une très bonne traction en Allemagne, en France et en Espagne, qui constituent aujourd’hui nos priorités en Europe. Ce sont des marchés matures, avec une forte adoption des outils digitaux et d’automatisation. Parallèlement, nous constatons une adoption croissante au Moyen-Orient et en Afrique, des régions avec lesquelles nous avons une proximité naturelle. L’Europe est une priorité stratégique, mais l’Afrique et le MENA sont une évidence. Ces régions feront partie de nos principaux axes de développement, notamment avec le lancement imminent du support multilingue sur Nuelink. Le multilingue est un pont entre les marchés, et un levier essentiel pour bâtir une plateforme réellement internationale.
F.N.H. : Vous insistez souvent sur l’idée de «penser globalement et agir localement». Comment cette philosophie se traduit-elle concrètement dans le développement de Nuelink ?
B. A. : Cette philosophie guide Nuelink depuis le premier jour. Penser globalement, c’est concevoir un produit capable de fonctionner partout, avec des standards internationaux. C’est ce qui nous a permis de nous lancer immédiatement sur un marché mondial. Agir localement, c’est rester proche des utilisateurs et de leurs réalités. Le global donne la vision, le local donne la précision. C’est cet équilibre qui a permis à Nuelink de croître rapidement en Amérique du Nord et en Asie, tout en restant connectée aux entrepreneurs en Afrique et au Moyen-Orient.
F.N.H. : Quelle est votre vision à long terme pour Nuelink ?
B. A. : Notre vision est de bâtir une entreprise technologique d’envergure mondiale, construite depuis le Maroc. Nous voulons faire de Nuelink un acteur global, avec l’ambition d’en faire le premier unicorn technologique issu du Royaume. Montrer que l’on peut bâtir une entreprise technologique à très grande échelle depuis le Maroc change les perspectives de tout un écosystème. Si nous réussissons, ce sera la preuve que les limites sont souvent plus mentales que structurelles, et que le Maroc peut faire émerger des champions technologiques mondiaux.
F.N.H. : Quel message adresseriez-vous aux entrepreneurs marocains et africains qui souhaitent bâtir des entreprises technologiques à impact international ?
B. A. : Commencer localement est naturel, mais cela ne doit jamais devenir une limite mentale. Aujourd’hui, une startup peut naître dans une ville comme Tétouan et servir des millions de personnes dans le monde grâce à Internet. Ce qui compte, c’est d’avoir une vision dès le départ. Mon conseil est simple, «penser global, agir local». J’insiste sur ce point, et il faut aussi rester discipliné dans l’exécution. Le marché local aide à apprendre, mais il ne doit jamais définir l’ambition. Et surtout, il faut garder en tête que l’entrepreneuriat est une construction dans le temps, pas un sprint.