A la tête du groupe Holmarcom depuis plus de trois décennies, il a su transformer un héritage familial solide en un conglomérat structuré et ambitieux, aujourd’hui engagé dans une nouvelle phase de son développement avec l’acquisition annoncée de la BMCI. Une trajectoire marquée par la cohérence stratégique et une vision de long terme au service d’un projet désormais résolument panafricain.
Par F. Ouriaghli
Certains perpétuent une œuvre, d’autres la réinventent. Mohamed Hassan Bensalah appartient visiblement à cette seconde catégorie. Celle des dirigeants qui transforment un héritage solide en véritable levier de croissance. Né à Berkane en 1970, formé à la Sorbonne et à l’Ecole des Cadres de Paris, il aurait pu se contenter d’être le dépositaire d’un patrimoine entrepreneurial solide. En 1993, à la disparition de son père, feu Abdelkader Bensalah, fondateur visionnaire de Holmarcom, il hérite d’un groupe déjà respectable.
Mais très vite et malgré son jeune âge (23 ans), il choisit de ne pas être simplement un gardien du temple. Il en devient l’architecte d’une transformation profonde, méthodique et ambitieuse, qui va redéfinir les contours mêmes du groupe. Car reprendre un héritage est une chose, le projeter dans une nouvelle ère en est une autre. Et c’est précisément là que réside la singularité de Bensalah, qui a su conjuguer fidélité aux racines et valeurs du Groupe et audace stratégique. Là où certains héritiers se contentent de préserver les acquis, lui a vu grand.
Très grand, apportant notamment au Groupe une colonne vertébrale moderne, tout en conservant l’ADN familial fait de rigueur. Sous son impulsion, Holmarcom change ainsi littéralement de dimension. D’un conglomérat familial structuré autour de quelques activités industrielles et commerciales, il devient un groupe multisectoriel intégré, présent entre autres dans la finance, l’agro-industrie, la logistique et l’immobilier. Une mue progressive mais maîtrisée, portée par l’ambition de faire émerger un champion marocain capable de rayonner au-delà des frontières, sans jamais perdre son ancrage national.
Cette ambition se lit aujourd’hui dans les chiffres et dans la cartographie du groupe. Près de 60 ans de développement, plus de 6.400 collaborateurs, une cinquantaine de filiales, dont trois sociétés cotées (Oulmès, AtlantaSanad Assurance et Crédit du Maroc), et une présence dans trois autres pays africains, notamment le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Bénin où le groupe a su déployer une stratégie d’expansion pragmatique, fondée sur des partenariats solides et une connaissance fine des marchés locaux.
Stratégie cohérente
Mais au-delà des indicateurs, Mohamed Hassan Bensalah, distingué Chevalier du Wissam Al Arch en 2004, semble incarner cette école de dirigeants qui privilégient la cohérence stratégique et la création de valeur durable à la précipitation. Il bâtit par couches successives, consolidant chaque pôle avant d’ouvrir de nouveaux fronts. Dans la finance, il a méthodiquement structuré un écosystème solide autour de l’assurance avec AtlantaSanad, aujourd’hui l’un des poids lourds du marché marocain.
Cette consolidation lui a permis de disposer d’un socle robuste avant d’opérer un mouvement plus audacieux vers le secteur bancaire. L’entrée dans le capital de Crédit du Maroc a constitué une première étape décisive. Elle traduisait déjà l’ambition de faire de Holmarcom un acteur de référence dans les services financiers. Mais c’est avec l’opération en cours sur la BMCI que cette stratégie prend toute son ampleur. En effet, la récente acquisition de la participation majoritaire détenue par BNP Paribas dans la BMCI ne relève pas d’un simple opportunisme. Elle s’inscrit dans une logique industrielle et stratégique bien circonscrite.
En s’apprêtant à intégrer une banque historique, Holmarcom pose les fondations d’un véritable groupe financier intégré, articulé autour de la banque, de l’assurance et des services financiers spécialisés. A travers ce mouvement, le Groupe se positionne en tant qu’opérateur capable de capter l’épargne, de financer l’économie, d’assurer les risques et d’accompagner les entreprises sur l’ensemble de leur cycle de vie. Une vision structurante qui dépasse largement le cadre d’une simple diversification.
D’ailleurs, Hassan Bensalah ne dit pas autre chose. «Cette acquisition marque une étape structurante dans notre trajectoire de développement», souligne-t-il. Une phrase qui, sous sa simplicité apparente, traduit en réalité un changement majeur dans le microcosme bancaire national, d’autant que se profile un rapprochement entre Crédit du Maroc et BMCI, avec à la clé l’émergence d’un acteur bancaire de référence, doté de capacités renforcées. Mais, fidèle à son style, le PDG de Holmarcom ne se limite pas à la dimension financière de l’opération. Il insiste sur un élément central de sa vision : la confiance. Celle des clients, mais aussi celle des femmes et des hommes qui portent le Groupe.
Une constante dans son discours, qui traduit une approche profondément humaine du management. Dans un univers austère, souvent dominé par les chiffres et les ratios, il rappelle que la performance durable repose avant tout sur l’adhésion collective. Car le groupe qu’il dirige s’appuie sur une culture d’entreprise fondée sur la responsabilisation, l’éthique et l’innovation. Un triptyque qui a permis à Holmarcom de traverser les cycles économiques avec résilience, tout en conservant une crédibilité forte auprès de ses partenaires.
Cette crédibilité, Mohamed Hassan Bensalah l’a également construite à travers ses multiples engagements institutionnels. En effet, président de la Fédération marocaine de l’assurance, il est également membre du Conseil économique, social et environnemental et membre du Conseil d’administration de plusieurs grandes instances et entreprises nationales, avec la volonté d’inscrire son action dans une dynamique collective.
L’alliance stratégique avec IFC, bras financier de la Banque mondiale, s’inscrit dans la même veine. En ouvrant le capital de Holmarcom Finance Company à un partenaire institutionnel de premier plan, Mohamed Hassan Bensalah envoie un signal fort : celui d’un groupe prêt à franchir un nouveau cap en matière de gouvernance, de financement et d’impact. Cette ouverture témoigne également d’une capacité à dialoguer avec des acteurs internationaux exigeants, tout en préservant une autonomie stratégique.
Un équilibre subtil, mais déterminant pour accompagner l’expansion du groupe. Bref, Mohamed Hassan Bensalah impose, au fil des années, sa signature dans le monde économique. Ce capitaine d’industrie redoutablement efficace, très discret et peu enclin aux effets d’annonce, est cependant de plus en plus sorti de l’anonymat par les coups de maitre qu’il réalise. Et qui tendent, tout au moins, à montrer deux choses :
• Primo : Bensalah veut faire de Holmarcom un véritable groupe financier et industriel à vocation panafricaine, capable de rivaliser avec les grandes institutions régionales.
• Secundo : avec Crédit du Maroc déjà dans son escarcelle et la BMCI bientôt dans son giron, c’est peu de dire que Bensalah… a un faible pour les françaises (sic !). Sacré Chevalier !