Le Maroc a officiellement lancé, mercredi à Casablanca, sa Stratégie nationale de financement des chaînes de valeur, ou Supply Chain Finance (SCF), portée par le ministère de l’Economie et des Finances, Bank Al-Maghrib et la Société financière internationale. Le chantier n’est pas nouveau et avait déjà fait l’objet d’une première rencontre en janvier 2025. Cette fois, les autorités ont présenté les fondements du dispositif, ses leviers, ses mécanismes opérationnels et sa feuille de route.
Par Y. Seddik
Au Maroc, les TPME dominent très largement le tissu productif, mais restent pénalisées par un accès difficile au financement du besoin en fonds de roulement, par des délais de paiement trop longs et par une trésorerie souvent sous tension. Ces dernières représentent 99,5% des entreprises et 70,6% des emplois formels, alors que leur contribution au PIB et aux exportations demeure inférieure à ce poids économique.
C’est sur ce besoin que vient se greffer la nouvelle stratégie nationale de la Supply Chain Finance. Le principe consiste à financer plus finement les flux liés à la relation entre donneurs d’ordres, fournisseurs, distributeurs et établissements financiers, avec un recours central à la technologie.
L’objectif n’est pas de créer un produit unique, mais d’élargir la palette de solutions mobilisables tout au long de la chaîne de valeur: affacturage, affacturage inversé, financement des bons de commande, des stocks ou encore des distributeurs. Selon les études de référence, le potentiel de la Supply Chain Finance au Maroc est évalué à plus de 80 milliards de dirhams, alors que les opérations effectivement mobilisées n’en représentaient qu’environ 6 milliards en 2020.
En 2023, l’affacturage, principal outil déjà installé sur le marché, ne dépassait pas 2% du PIB, loin des niveaux observés à l’international. Dans son allocution, Abderrahim Bouazza, Directeur général de Bank Al-Maghrib, a rappelé que l’affacturage n’est pas étranger au marché marocain. Introduit à la fin des années 1980, il avait même été mobilisé de façon exceptionnelle en 2018 pour l’affacturage des crédits TVA, avec une injection de 26 milliards de dirhams au profit des entreprises créancières.
Mais pour le DG de Bank Al-Maghrib, le sujet dépasse désormais ce seul instrument. Il s’agit d’ajouter une nouvelle brique à l’infrastructure des transactions économiques, capable de réduire les délais de paiement, d’améliorer la gestion de trésorerie et de renforcer la compétitivité, en particulier celle des TPME. Par ailleurs, telle que présentée, la stratégie repose sur un déploiement graduel. Une première phase vise à consolider et massifier l’offre existante dans le cadre réglementaire actuel.
La seconde doit élargir progressivement l’offre à d’autres solutions de SCF. A terme, un troisième volet prévoit une extension vers les transactions internationales et la finance participative. Le tout doit s’appuyer sur plusieurs leviers transversaux : sensibilisation, environnement favorable, partage du risque, infrastructure technologique et engagement des grands donneurs d’ordres. L’un des points les plus sensibles reste précisément la mise en place d’une infrastructure technologique adaptée.
Les concepteurs de la stratégie ont insisté sur le rôle de la plateforme qui devra agréger les acteurs, fluidifier les échanges d’information et soutenir la montée en puissance du modèle. Le Maroc, selon les intervenants, dispose déjà d’une base institutionnelle et réglementaire, mais encore limitée en termes de produits, de digitalisation et de vision programmatique.
En définitive, les autorités ont donc opté pour un déploiement progressif, avec consolidation de l’existant, élargissement de l’offre à d’autres instruments, puis ouverture à la dimension internationale et à la finance participative. Avec, en appui, plusieurs leviers transversaux: sensibilisation, renforcement des capacités, partage du risque, infrastructure technologique et mobilisation des grands donneurs d’ordres.