3ème édition de l’AI Conférence : de la réflexion aux usages

3ème édition de l’AI Conférence : de la réflexion aux usages

Lors de la troisième édition de l'AI Conférence, organisée à Casablanca par l'AI Institute, experts et dirigeants ont partagé un même constat : l'intelligence artificielle n'est plus une technologie à tester, mais un levier de transformation déjà à l'œuvre dans les entreprises.

 

Par K. A.

Réunis à Casablanca à l’occasion de la troisième édition de l’AI Conférence, organisée par l’AI Institute à l’initiative du Groupe Holmarcom, dirigeants et experts ont partagé une conviction commune : la question n’est plus de savoir si l’IA transformera les entreprises, mais comment cette transformation doit être conduite. En ouvrant les travaux, Karim Chiouar, Directeur général du Groupe Holmarcom, a donné le ton.

«Ce à quoi nous avons affaire, c’est une rupture civilisationnelle», a-t-il affirmé, estimant que l’intelligence artificielle représente une révolution technologique sans précédent appelée à remodeler les façons de penser, de travailler et d’interagir. Selon lui, les entreprises ont aujourd’hui la responsabilité de comprendre les enjeux de cette transformation qui s’annonce déterminante pour les prochaines années.

Invité principal de cette édition, Không-Lô Pham, professeur de stratégie et de leadership à l’African Business School de l’Université Mohammed VI Polytechnique, a proposé une lecture plus large du phénomène. Pour lui, l’intelligence artificielle ne doit pas être appréhendée uniquement comme une innovation technologique. «Je pense qu’on est dans une rupture de civilisation», a-t-il déclaré, allant jusqu’à suggérer d’inverser le thème de la conférence pour parler de «rupture civilisationnelle et bascule technologique». Selon l’universitaire, le véritable bouleversement provoqué par l’IA est d’abord cognitif.

«La vraie révolution, elle est cognitive d’abord, avant d’être une révolution technologique», a-t-il insisté. L’expert estime que l’IA agit comme un miroir des aspirations et des inquiétudes humaines. Derrière les débats sur la souveraineté numérique, la régulation ou l’automatisation, se cache une question plus profonde : celle de la place de l’humain dans un environnement où certaines tâches intellectuelles peuvent désormais être déléguées aux machines. Cette évolution n’est pas sans risque. Không-Lô Pham a notamment alerté sur le phénomène qu’il qualifie de «Great Cognitive Flattening», ou grand aplatissement cognitif, qui pourrait progressivement affaiblir les capacités de réflexion, de mémorisation et de raisonnement.

«Le plus grand danger pour l’humanité dans l’ère de l’IA n’est pas technologique ou économique, mais que l’humain perde sa faculté à générer des idées par luimême», a-t-il averti. Face à cette réalité, il appelle les entreprises à adopter une approche proactive. «Ne soyez pas des entreprises qui subissent l’IA», a-t-il lancé à l’assistance.

De la théorie aux usages concrets

Au-delà de la réflexion stratégique, la conférence a également donné la parole à des entreprises déjà engagées dans l’intégration de l’intelligence artificielle. Pour Yassine Ziad, directeur Innovation & Digital Banking à Crédit du Maroc, l’IA doit avant tout être considérée comme un outil d’augmentation des capacités humaines. «Le premier usage, et le plus principal, c’est d’abord pour augmenter le collaborateur afin de mieux servir le client», a-t-il expliqué.

Dans le secteur bancaire, les applications concernent notamment l’analyse des données, la préparation des rendez-vous clients, la détection de fraude, la cybersécurité ou encore les processus de conformité. L’objectif n’est pas de remplacer le conseiller, mais de lui permettre de consacrer davantage de temps aux interactions à forte valeur ajoutée. Même constat du côté des Eaux Minérales d’Oulmès. Son Directeur général adjoint en charge de la transformation, Ali Chami, a détaillé plusieurs cas d’usage déjà déployés au sein du groupe. L’IA intervient aujourd’hui dans la préparation des visites commerciales, l’analyse de plusieurs années d’historique de données, la détection précoce des impayés ou encore l’optimisation des actions commerciales. Le groupe exploite également l’IA pour améliorer la relation avec les consommateurs à travers des assistants conversationnels capables de répondre en continu aux demandes des clients.

Pour Yassine Ziad, les prochaines années marqueront une nouvelle étape dans l’adoption de ces technologies. «Dans trois ans, on ne posera plus la question : utilisez-vous l’IA ? Mais plutôt : qu’avez-vous amélioré ou redéfini grâce à l’IA ?», a-t-il estimé. Un constat partagé par KhôngLô Pham, qui considère que les entreprises les plus performantes demain ne seront pas nécessairement les plus automatisées, mais celles qui sauront combiner intelligence humaine et intelligence artificielle. «L’entreprise du futur ne sera pas une entreprise AI-centric. Ce sera une entreprise hautement cognitive», a-t-il conclu.

 

 

 

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