Début d’année compliqué pour le smartphone, entre pénuries et demande en berne. Apple réussit à passer en tête au T1 2026, une première sur cette période.
Par K. A.
Le premier trimestre 2026 amorce une inflexion discrète mais tangible dans l’industrie mondiale du smartphone. Non pas parce que le marché repart franchement, mais parce qu’il change de visage sous l’effet d’une pression industrielle inédite. Selon les données préliminaires de Counterpoint Research, les expéditions mondiales ont reculé de 6% sur un an entre janvier et mars, pénalisées par les pénuries de mémoire DRAM (Dynamic Random Access Memory) et NAND, la hausse des coûts logistiques et un climat de consommation toujours fébrile.
Dans ce paysage plus contraint qu’il n’y paraît, Apple a pris la première place mondiale sur un premier trimestre pour la première fois, avec 21% de parts de marché, contre 20% pour Samsung. Cette performance d’Apple repose sur un fait simple : la marque a mieux tenu que les autres. Alors que le marché global perd 6% en volume, le groupe américain affiche une croissance de 5% sur un an. Autrement dit, Apple n’a pas seulement résisté, il a avancé à contre-courant.
La série iPhone 17 a porté cette dynamique, mais elle n’explique pas tout. Le constructeur a aussi bénéficié de programmes de reprise agressifs, d’une chaîne d’approvisionnement mieux sécurisée et d’une clientèle premium moins sensible aux hausses de prix. En Chine, en Inde et au Japon, la marque a renforcé ses positions, ce qui lui a permis d’amortir le ralentissement global. Samsung, de son côté, reste au contact, mais perd du terrain. Avec 20% de parts de marché et un recul de 6% de ses expéditions, le géant sud-coréen subit un double effet.
D’une part, le lancement du Galaxy S26 a été retardé. D’autre part, le segment d’entrée de gamme, où Samsung reste très présent, souffre davantage de la hausse des coûts des composants. Le groupe ajuste donc son portefeuille, réduit certaines références à faible marge et pousse davantage les configurations premium, notamment autour de la version Ultra. Le message est limpide: le marché pousse les fabricants à privilégier la valeur au volume.
Les challengers avancent
Derrière les deux leaders, le reste du classement raconte une autre histoire, plus brutale encore. Xiaomi conserve la troisième place mondiale, mais son trimestre est difficile. Sa part de marché retombe à 12%, et ses expéditions plongent de 19% sur un an, soit la plus forte baisse du top 5.
Le groupe paie ici sa forte exposition à l’entrée de gamme, là où la hausse des prix mémoire frappe le plus fort. Quand le coût des composants grimpe, les marques positionnées sur les petits prix ont moins d’espace pour absorber le choc. Soit elles réduisent leurs marges, soit elles augmentent leurs tarifs, avec un risque immédiat sur la demande.
Oppo et Vivo occupent les quatrième et cinquième places avec respectivement 11% et 8% du marché mondial. Vivo recule légèrement de 2%, mais conserve son leadership en Inde grâce à ses séries de milieu de gamme. Oppo, lui, s’appuie sur la série A5 pour tenir dans l’entrée de gamme, tout en tirant profit de l’accueil favorable réservé à son modèle pliable haut de gamme Find N5.
Là aussi, la logique sectorielle est claire : les marques qui tiennent encore sont celles capables de jouer sur plusieurs tableaux, entre modèles abordables, montée en gamme et différenciation technique. C’est justement sur ce dernier point que se distinguent plusieurs challengers. Honor et Nothing affichent chacun une croissance de 25% sur un an, tandis que Google progresse de 14%. Ces chiffres restent modestes face aux géants du secteur, mais ils traduisent une dynamique intéressante.
Honor avance grâce à son expansion internationale et à une exécution commerciale plus agressive. Google gagne du terrain sur les marchés matures avec la gamme Pixel, en misant sur l’intelligence artificielle embarquée, la photographie computationnelle et une expérience logicielle plus fluide.
Nothing, enfin, continue de capitaliser sur un positionnement visuel distinctif. Au fond, ce début d’année 2026 révèle moins une crise passagère qu’un changement de régime. Les fabricants de mémoire privilégient désormais les centres de données liés à l’intelligence artificielle, plus rentables que l’électronique grand public. Résultat : les constructeurs de smartphones doivent composer avec des coûts plus élevés, une visibilité réduite et des arbitrages de production plus serrés.
Dans le même temps, la hausse des prix de l’énergie, les tensions au MoyenOrient et les frais logistiques entretiennent une demande prudente. Les consommateurs diffèrent leurs achats, se tournent davantage vers le reconditionné et hésitent plus sur les segments les plus exposés au prix. C’est ce qui rend la performance d’Apple encore plus significative. Dans un marché orienté à la baisse, la marque ne gagne pas seulement un trimestre, elle profite d’une reconfiguration plus large de l’industrie.
Si la pénurie de mémoire se prolonge jusqu’à fin 2027, comme l’anticipe Counterpoint, les prochains mois pourraient accentuer ce basculement. Les constructeurs devraient lancer moins de modèles, couper dans les références peu rentables et défendre davantage leurs segments premium. Le premier trimestre 2026 a déjà livré un enseignement net : Apple a pris la main au moment où le marché devient plus dur, et ce leadership n’a rien d’anecdotique.