Présenté au Morocco Gaming Expo 2026, Rivaldom fait partie de cette nouvelle génération de projets qui souhaitent faire du Maroc un acteur de la création vidéoludique. Entre ambition mondiale, inspiration culturelle et volonté de construire une communauté locale forte, le jeu entend suivre une trajectoire différente. Kacem Chaoui, Head of Growth, digital marketing & communications, nous dévoile les coulisses de cette initiative et sa vision du gaming.
Propos recueillis par K. A.
Finances News Hebdo: Rivaldom fait partie des rares jeux développés au Maroc avec une ambition internationale. Comment est née cette aventure et quelle vision portez-vous à travers ce projet ?
Kacem Chaoui : Rivaldom est développé entre la France et le Maroc, par des équipes qui coconstruisent le projet au quotidien. Mais dès le départ, nous avons voulu que le Maroc fasse partie de son ADN. L'idée est née d'un constat simple : nous adorons les jeux de stratégie, mais sur mobile, nous avions souvent deux extrêmes. Soit des jeux très simplifiés, soit des jeux qui demandent énormément de temps, de grind ou d'argent pour rester compétitifs. Nous voulions un jeu stratégique profond, qui tienne dans une session de 15 à 20 minutes, tout en restant accessible à des joueurs qui ont une vie, un travail, des contraintes. Notre philosophie est simple : le joueur doit gagner grâce à ses décisions, pas grâce à son portefeuille. C'est pour cela que Rivaldom est conçu autour d'un modèle «Pay-toProgress», et non «Pay-to-Win». Notre ambition n'est pas seulement de sortir un jeu. C'est de montrer qu'un studio porté par des talents marocains peut créer une licence compétitive capable de séduire des joueurs partout dans le monde.
F. N. H. : Présenté au Morocco Gaming Expo, Rivaldom a attiré l'attention de nombreux visiteurs. Pouvez-vous nous présenter le jeu et ce qui le distingue ?
K. Ch. : Rivaldom est un jeu de stratégie compétitif au tour par tour conçu pour le mobile. Ce qui le distingue, ce n'est pas une mécanique unique et révolutionnaire. C'est plutôt la combinaison de plusieurs mécaniques rarement réunies dans un même jeu : gestion de territoire, ressources, cartes stratégiques, alliances, trahisons, enchères pour l'ordre du tour, combats tactiques et plusieurs conditions de victoire. Mais l'élément qui intrigue le plus les joueurs, c'est notre approche de l'interaction. Dans la plupart des jeux au tour par tour, vous n'existez que pendant votre tour. Dans Rivaldom, le joueur reste impliqué même quand ce n'est pas son tour - par les alliances, les trahisons, les réactions. Résultat : même dans un jeu au tour par tour, il y a une tension permanente. Nous avons aussi voulu une dimension culturelle forte. Le jeu démarre avec des cartes légendaires inspirées du patrimoine marocain. Puis, à mesure que Rivaldom s'ouvrira à d'autres régions, chacune pourra avoir ses propres cartes légendaires, inspirées de son histoire et de sa culture. Nous voulons que Rivaldom soit un jeu mondial qui respecte et valorise les cultures locales.
F. N. H. : Quels ont été les principaux obstacles rencontrés jusqu'à présent ?
K. Ch. : Comme pour beaucoup de studios indépendants, les défis sont nombreux. Le financement est évidemment un sujet important. Mais pour moi, le plus grand défi reste la recherche de l'excellence. Nous refusons de sortir un produit juste parce qu'une date arrive sur le calendrier. Aujourd'hui, nous visons un lancement autour de 2027, et nous préférons prendre plus de temps plutôt que de sortir un jeu qui ne répond pas à nos standards. Le deuxième défi est humain. Construire un jeu ambitieux demande des personnes qui adhèrent vraiment à la vision, qui croient dans sa capacité à exister sur la scène internationale, et qui acceptent de travailler sur le long terme. Dans le jeu vidéo, la technologie compte. Mais la qualité d'une équipe compte encore davantage.
F. N. H. : Le Maroc affiche de grandes ambitions dans l'industrie du gaming. Selon vous, quelles sont les conditions nécessaires pour faire émerger davantage de studios ?
K. Ch. : Le Maroc possède déjà beaucoup de talents. Le véritable défi, aujourd'hui, c'est de transformer ce talent en succès internationaux. Nous sommes encore au début de l'aventure. On voit apparaître de plus en plus d'événements, de formations, de studios, et d'investisseurs intéressés par le secteur. C'est extrêmement positif. Mais il faut aussi accepter une réalité : une industrie du jeu vidéo ne se construit pas uniquement avec des réussites. Elle se construit aussi avec des échecs. Chaque pays qui possède aujourd'hui une industrie forte a connu des dizaines de projets qui n'ont jamais abouti. L'échec n'est pas un problème. Le problème, ce serait de ne jamais essayer. Les premières générations de studios marocains vont ouvrir la voie aux suivantes. Et c'est ce processus qui permettra, à terme, de créer de véritables champions nationaux.
F. N. H. : Si vous deviez vous projeter dans cinq ans, où aimeriez-vous voir Rivaldom et quelle place le Maroc pourrait-il occuper dans l'industrie du jeu vidéo ?
K. Ch. : Dans cinq ans, nous aimerions que Rivaldom soit reconnu comme une référence dans sa catégorie. Pas simplement comme un jeu marocain. Pas simplement comme un jeu indépendant. Mais comme un excellent jeu de stratégie compétitif, tout court. C'est cela, le vrai objectif. Concernant le Maroc, sa place dépendra avant tout de sa capacité à créer des success stories. Toutes les grandes industries du jeu vidéo se sont construites autour de studios qui ont réussi à produire des licences fortes. Le jour où plusieurs studios marocains exporteront leurs jeux et construiront des communautés internationales, le regard sur le Maroc changera naturellement. Une industrie ne se décrète pas. Elle se construit par l'accumulation de réussites concrètes. Et j'espère que Rivaldom pourra contribuer, à son échelle, à cette histoire.
F. N. H. : Pourquoi avoir choisi de lancer Rivaldom d'abord au Maroc, alors que votre ambition est mondiale ?
K. Ch. : Parce que nous voulions construire avec les joueurs marocains avant de viser le monde. Beaucoup d'entreprises cherchent immédiatement un public international. Nous avons fait le choix inverse : créer une communauté locale forte, apprendre d'elle, améliorer le produit avec elle, et démontrer qu'une innovation pensée ici peut ensuite rayonner à l'international. C'est aussi un terrain d'exigence : une communauté de joueurs proche, qui nous dit franchement ce qui marche et ce qui ne marche pas. C'est précisément ce dont nous avons besoin pour construire un jeu solide avant de l'ouvrir au reste du monde. Le Maroc n'est pas une étape intermédiaire de notre histoire. C'est le point de départ de notre ambition mondiale.