La décision rendue par la Cour constitutionnelle relative au projet de loi portant réorganisation Conseil national de la presse s’inscrit dans le respect des principes de légalité et de constitutionnalité, tout en réaffirmant les fondements de l’autorégulation du secteur de la presse au Maroc.
Au-delà de sa portée juridique et des réaménagements au niveau de certains articles (qui ne changent pas l’esprit du projet), la vision de l’Association nationale de médias et des éditeurs (ANME) est claire : la presse est un pilier essentiel de la démocratie. Elle ne saurait être réduite à un champ d’affrontements partisans ni instrumentalisée au gré de calculs conjoncturels liés à des échéances électorales ou à des stratégies de positionnement.
Aux yeux des professionnels du secteur, la presse doit demeurer forte, indépendante et structurée, afin d’assumer pleinement sa mission de défense de l’intérêt général, de veille institutionnelle et de consolidation de l’État de droit dans un Maroc en mutation, engagé dans un processus de modernisation qui dépasse les logiques de contrôle partisan.
C’est dans cet esprit que, ce week-end, l’ANME a fait part de sa profonde inquiétude face à l’approche adoptée par certaines composantes de l’opposition, consistant à saisir la Cour constitutionnelle exclusivement sur la loi relative au Conseil national de la presse, tout en ignorant d’autres textes d’importance comparable pour la vie publique.
Une telle démarche, sélective et déséquilibrée, ne peut être dissociée de calculs politiques étroits, avec, malheureusement, des conséquences préoccupantes. Elle conduit, en effet, à la paralysie prolongée du processus institutionnel du secteur, un blocage qui perdure depuis plusieurs mois. Ce qui affecte directement les journalistes et les entreprises de presse, en vidant l’écosystème de l’autorégulation de sa substance et en suspendant des mécanismes professionnels essentiels.
L’arrêt jugé injustifié de la délivrance des cartes professionnelles, le non-versement prolongé des salaires des employés du Conseil national de la presse, ainsi que le gel des négociations sur les conventions collectives en sont des illustrations concrètes.
Tout cela est fort préjudiciable pour un secteur agissant comme le miroir de la société. Une société qui a besoin d’une presse forte, responsable et structurée pour faire entendre sa voix, éclairer le débat public et assumer une autorégulation crédible, loin des pressions et des interférences.
Disons-le clairement : le rôle du politique est ailleurs. Il consiste à se consacrer pleinement à la définition et à la mise en œuvre des politiques publiques, notamment économiques et sociales, dans l’intérêt des citoyens. L’opposition a, à juste titre, un rôle à jouer dans le débat démocratique et le contrôle de l’action gouvernementale. Elle n’a cependant pas vocation à s’immiscer dans l’organisation interne d’un secteur professionnel régi par ses propres instances et ses mécanismes de régulation.
Car la régulation de la presse ne peut être efficace et crédible que si elle émane de ses composantes légitimes — éditeurs et journalistes —, dans le strict respect de la Constitution et des règles professionnelles. Toute tentative d’ingérence fragilise non seulement le secteur, mais porte également atteinte au droit fondamental de la société à une information fiable, rigoureuse et responsable.
«Fragiliser la presse par des calculs politiques revient à affaiblir un contre-pouvoir démocratique essentiel et à ouvrir la voie à la désinformation et aux fake news», rappelle, à juste titre, l’Association.
Face à cette situation, les professionnels de la presse, et l’ANME en particulier, réaffirment leur attachement à un principe fondamental : le respect de la presse n’est ni un privilège ni une concession, mais une exigence constitutionnelle et démocratique, au service de l’intérêt du pays et du droit des citoyens à une information professionnelle, crédible et indépendante.
F. Ouriaghli