Le PAM en tête des législatives : Qui veut gouverner avec moi ?

Le PAM en tête des législatives : Qui veut gouverner avec moi ?

Les législatives du 23 septembre ont rebattu les cartes sans provoquer de rupture totale. Le PAM s’impose comme première force politique, le RNI perd son leadership, l’Istiqlal résiste et le PJD signe un retour remarqué. Si la majorité sortante conserve, sur le papier, suffisamment de sièges pour gouverner, les rapports de force en son sein ont profondément changé.

 

Par F. Ouriaghli

Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des élections législatives du 23 septembre avec 97 sièges, selon les résultats provisoires annoncés par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), premier parti en 2021, tombe à 66 sièges.

L’Istiqlal le talonne avec 65. Et le PJD, que certains avaient peutêtre enterré un peu rapidement après sa débâcle de 2021, revient à 54 sièges. Voilà pour l’arithmétique. Mais une élection ne se résume jamais à une addition de sièges. Elle produit aussi des gagnants, des perdants, des rapports de force et, parfois, quelques paradoxes. Celui de 2026 est particulièrement intéressant : les trois partis de la majorité sortante disposent toujours, ensemble, d’une majorité absolue. Mais celui qui la dirigeait hier n’est plus celui qui domine aujourd’hui.

PAM, RNI et Istiqlal totalisent 228 sièges. Mathématiquement, rien n’interdit donc de remettre la coalition sur les rails. Mais la coalition d’hier, si elle devait être reconduite, ne pourrait plus fonctionner selon les équilibres d’hier. En effet, le premier enseignement du scrutin est évidemment la première place du PAM. Mais attention, le parti ne réalise pas une razzia électorale. Avec 97 sièges sur 395, il reste très loin d'une majorité lui permettant de gouverner seul.

Cette première place traduit surtout la capacité du PAM à consolider sa position au moment où ses anciens partenaires de la majorité reculent. En effet, il dispose désormais de 31 sièges d’avance sur le RNI et de 32 sur l’Istiqlal, une distance lui donne un poids nouveau dans les discussions qui vont s’ouvrir. La majorité sortante peut donc survivre, mais son rapport de force interne, lui, a déjà changé.

Le RNI face au verdict des urnes

Pour le RNI, le message est beaucoup plus difficile à ignorer. Le parti qui avait remporté 102 sièges en 2021 n’en compte plus que 66 selon les résultats provisoires, soit 36 sièges perdus. C’est un effondrement politique, même s’il demeure la deuxième formation de la Chambre des représentants.

Le scrutin rappelle une règle aussi vieille que les élections : gouverner, c’est s’exposer. Inflation, pouvoir d’achat, emploi, santé, éducation, sécheresse, attentes sociales…, peu importe que toutes les difficultés rencontrées durant une mandature soient imputables ou non à l’Exécutif.

Dans l’isoloir, l’électeur vote selon son quotidien, ses attentes, ses déceptions et parfois sa colère. Mais la surprise la plus spectaculaire se trouve peut-être à la quatrième place. Le PJD revient. Et pas discrètement. Après les 13 sièges de 2021, les 54 obtenus cette fois-ci changent complètement son statut parlementaire. Le parti redevient une force avec laquelle il faudra compter. C’est aussi une petite leçon de politique.

En 2021, certains avaient interprété l’effondrement du PJD comme la fin d’un cycle, voire comme la marginalisation durable du parti. Cinq ans plus tard, le voilà revenu dans le premier carré, rappelant qu’en politique les rapports de force électoraux ne sont jamais figés. Ce retour ne replace pas le PJD au niveau de ses grandes années électorales, mais montre en revanche qu’il conserve une capacité de mobilisation et qu’une partie de l’électorat a choisi de lui redonner du poids. Aujourd’hui donc, il ne peut plus être traité comme une force périphérique. Et maintenant, la calculette Commence désormais cette période que les partis affectionnent autant qu’ils prétendent la détester : celle des alliances.

Les calculettes vont chauffer. PAM + RNI + Istiqlal : 228. La majorité sortante reste donc parfaitement viable sur le plan numérique. Mais d’autres combinaisons peuvent également franchir le seuil de la majorité absolue. Cela ne signifie pas qu’elles soient politiquement envisagées ou envisageables. Cela signifie simplement qu’aucun résultat électoral ne dicte à lui seul une coalition unique. C’est là que commence la vraie politique. Car former une majorité n’est pas seulement atteindre 198 sièges. Il faut aussi déterminer qui gouverne avec qui, sur quel programme, avec quelle répartition des responsabilités et, surtout, avec quelle cohérence. Une coalition peut être arithmétiquement confortable et politiquement inconfortable.

Bref, le Maroc se réveille donc avec une nouvelle carte politique, avec plusieurs formations intermédiaires qui conservent suffisamment de sièges pour participer pleinement au jeu parlementaire. Mais au-delà de cette recomposition du paysage politique, le prochain gouvernement héritera des mêmes dossiers que l’Exécutif sortant laisse en chantier : emploi, pouvoir d’achat, réforme des retraites, santé, éducation, finances publiques, protection sociale et réduction des disparités territoriales… Les électeurs ont changé les rapports de force, mais n’ont pas fait disparaître les problèmes. 

 

 

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