Entre virage onusien, pression américaine et recompositions régionales, le dossier du Sahara marocain entre dans une phase inédite. Sans garantir une résolution définitive, l’année 2026 pourrait marquer un tournant politique majeur dans un conflit longtemps figé.
Par R. Mouhsine
En ce début d'année 2026, le dossier du Sahara marocain entre dans une phase décisive, marquée par des avancées diplomatiques qui pourraient redessiner les contours d'un conflit figé depuis près de cinq décennies. L'adoption, fin octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies représente un jalon majeur: pour la première fois, le plan d'autonomie proposé par le Maroc en 2007 est érigé en solution principale, reléguant l'idée d'un référendum d'autodétermination à un vestige du passé.
Cette évolution, soutenue par les États-Unis et une coalition internationale, positionne 2026 comme un horizon potentiellement transformateur. Mais au-delà des textes onusiens, c'est l'ensemble des dynamiques régionales, sécuritaires et internes qui convergent vers un possible déblocage, même si des obstacles structurels persistent.
Vers une reconnaissance accrue de la marocanité du Sahara
Le virage opéré par la résolution 2797 n'est pas anodin. En qualifiant le plan d'autonomie marocain de «solution la plus sérieuse, crédible et réalisable», le Conseil de sécurité rompt avec une équidistance historique, favorisant une approche pragmatique centrée sur l'autonomie sous souveraineté marocaine. Cette formulation, défendue par les États-Unis comme promoteur du texte, marque clairement une victoire pour Rabat, qui voit son projet élevé au rang de cadre de référence pour les négociations futures. Le Polisario, soutenu par l'Algérie, a certes rejeté cette résolution, mais des signes d'assouplissement émergent : en septembre 2025, le mouvement a évoqué une «solution politique juste et mutuellement acceptable», abandonnant l'insistance sur l'indépendance ou un référendum.
Cette tendance s'inscrit dans un contexte plus large où le rapport de force international bascule en faveur du Maroc. Comme l'analyse la chercheuse Yasmina Asrarguis, «de l’ONU à la Maison Blanche, jusqu’aux couloirs de l’Élysée, on observe une tendance favorable au Maroc en matière de reconnaissance internationale de son plan d’autonomie au Sahara occidental». Cette dynamique, perceptible même dans les abstentions de la Russie et de la Chine, confère à Rabat un avantage diplomatique tangible.
Recompositions régionales
Les États-Unis, sous l'administration Trump réélue, jouent un rôle central dans cette accélération. L'envoyé spécial Steve Witkoff avait annoncé, en octobre 2025, des efforts pour un accord entre le Maroc et l'Algérie dans un délai de 60 jours, soulignant une stratégie de pression diplomatique visant à normaliser les relations maghrébines autour de la marocanité du Sahara. Sur le plan régional, les recompositions au Sahel et en Afrique de l'Ouest renforcent la position stratégique du Maroc.
En s’imposant comme pivot des initiatives économiques, des infrastructures énergétiques et de la sécurité collective, Rabat accentue mécaniquement l’isolement régional de l’Algérie sur plusieurs fronts. Yasmina Asrarguis affirme à ce sujet que «le Maroc bénéficie aujourd’hui d’un contexte régional marqué par des recompositions diplomatiques et sécuritaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, qui semblent jouer en faveur de sa position géostratégique». Cette asymétrie pourrait inciter Alger à une plus grande flexibilité, surtout que le voisin de l’est reste confronté à des défis internes et à un isolement diplomatique sans précédent qui le marginalise davantage sur la scène africaine.
Vers un projet d'autonomie national et inclusif
Au Maroc, la préparation d'une phase décisive se traduit par une mobilisation inédite. Des consultations entre le Cabinet royal et les partis politiques, initiées en 2025, visent à affiner le plan d'autonomie, en intégrant des visions pluralistes pour en faire un projet structurant à l'échelle nationale. Cette démarche non seulement consolide un consensus patriotique, mais renforce aussi la crédibilité internationale de Rabat, en démontrant que l'autonomie transcende la seule diplomatie pour devenir un modèle politique cohérent, répondant aux attentes locales tout en ancrant le Sahara dans une logique de développement partagé. Selon Yasmina Asrarguis, cette initiative «traduit une volonté de consolider un consensus national, voire de réinventer le patriotisme marocain au-delà du seul cadre diplomatique».
Elle reflète l'anticipation d'un tournant, où une vision marocaine unifiée sera cruciale dans les discussions multilatérales. Malgré ces avancées, le chemin vers une paix durable reste semé d'embûches. La rigidité des positions algériennes constitue un obstacle majeur, amplifié par les équilibres politiques internes à Alger. La rupture des relations depuis 2021 et l'absence de dialogue direct maintiennent le statu quo, même si la médiation américaine pousse à une normalisation. Sans promettre une résolution définitive, l’année 2026 pourrait néanmoins consacrer des avancées tangibles : élargissement des reconnaissances internationales, affirmation du rôle africain du Maroc et ancrage du Sahara dans une dynamique de développement territorial visible. Reste à savoir si, face à cette séquence, Alger choisira l’immobilisme ou l’ouverture d’une nouvelle phase politique.