Le gaspillage alimentaire au Maroc atteint des niveaux préoccupants. Selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) présenté par son président, Abdelkader Amara, les foyers marocains ont jeté près de 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit 113 kilos par habitant, contre 91 kilos en 2021.
À l’échelle internationale, les pertes alimentaires restent également importantes. 13,2 % des aliments se perdent entre la récolte et la commercialisation, tandis que les ménages, restaurants et commerces gaspillent près de 19 % de la production, soit presque un cinquième des denrées produites.
Le gaspillage alimentaire entraîne des conséquences économiques, sociales et environnementales. Sur le plan économique, il représente une perte financière importante. Socialement, ces denrées auraient pu être redistribuées aux populations vulnérables à des prix abordables. Sur le plan environnemental, 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont utilisés chaque année pour produire des aliments qui finissent à la poubelle.
Pour répondre à cette problématique, le CESE propose une stratégie nationale durable pour l’alimentation, articulée autour de quatre axes : établir un cadre légal et un observatoire pour suivre le gaspillage, améliorer les chaînes de valeur et les infrastructures de stockage et de transport, soutenir les initiatives numériques et l’usage de l’intelligence artificielle pour limiter les pertes, et mobiliser la société civile, notamment à travers les banques alimentaires et les associations sociales.
La rapporteure du sujet au CESE, Mina Rouchati, rapporteure de la Commission de la régionalisation avancée et du développement rural et territorial, attire l’attention sur le secteur de la boulangerie, où environ 40 millions de pains sont jetés chaque jour, faute de techniques de conservation adaptées.
Elle souligne également que le gaspillage dans les foyers demeure le plus important. Pendant le Ramadan et tout au long de l’année, de nombreux ménages achètent des quantités excessives de denrées, avant de se rendre compte qu’elles ne seront pas consommées, et finissent par les jeter. Selon elle, ce comportement ne reflète pas une culture de la générosité, mais traduit un défaut de gestion des denrées alimentaires au sein des foyers.