Le gouvernement de Pedro Sánchez a annoncé, mardi, un dispositif exceptionnel de régularisation qui pourrait concerner jusqu’à 500.000 personnes en situation irrégulière, installées sur le territoire avant le 31 décembre 2025 et y résidant depuis au moins cinq mois.
Présentée par la ministre de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, la mesure vise à intégrer rapidement ces personnes dans le marché du travail, sans restriction sectorielle ni géographique. L’objectif affiché est double : reconnaître une réalité sociale déjà installée et répondre aux besoins de main-d’œuvre d’une économie espagnole toujours en phase d’expansion.
Les demandes de régularisation pourront être déposées entre avril et fin juin 2026, dans le cadre d’une procédure simplifiée. Pour accélérer la mise en œuvre, l’exécutif a choisi la voie du décret royal, un mécanisme constitutionnel permettant l’entrée en vigueur immédiate du texte sans passage préalable au Parlement, où la majorité gouvernementale reste fragile.
Le gouvernement assume ouvertement la dimension économique de cette décision. Madrid considère l’immigration comme un levier de croissance, notamment dans les secteurs en tension comme l’agriculture, la construction, les services et certaines branches de l’industrie. La régularisation vise ainsi à réduire le travail informel, élargir l’assiette fiscale et stabiliser des populations déjà insérées dans le tissu social.
Sur le plan politique, l’annonce intervient après des discussions avec les partenaires de la majorité, notamment Podemos, qui défend depuis plusieurs années une régularisation large des migrants sans statut légal. Elle fait également écho à une initiative citoyenne soutenue par des centaines d’associations et plus de 600.000 signatures, appelant à une réponse structurelle plutôt qu’à des dispositifs ponctuels.
Pays de première ligne sur les routes migratoires vers l’Europe, l’Espagne reste particulièrement exposée aux arrivées par voie maritime, notamment via les îles Canaries. En 2025, près de 37.000 migrants irréguliers ont été enregistrés, un chiffre en net recul par rapport à l’année précédente, selon les autorités espagnoles.
Aujourd’hui, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne, sur une population totale d’environ 49 millions d’habitants, confirmant le rôle central de l’immigration dans la démographie et l’économie du pays. Avec cette opération de régularisation, Madrid envoie un signal politique fort, misant sur l’intégration économique plutôt que sur la seule logique sécuritaire, dans un contexte européen marqué par des débats de plus en plus polarisés sur la question migratoire.