Après une campagne 2025/2026 favorable, la prochaine saison agricole démarre dans un contexte nettement plus porteur. La prudence reste néanmoins de mise : coût des intrants, disponibilité de certaines semences certifiées et surtout comportement de la pluviométrie pourraient encore rebattre les cartes.
Par C. Jaidani
La campagne agricole 2026/2027 devrait démarrer officiellement lors de la deuxième quinzaine du mois d’octobre. Mais en attendant, les travaux du sol sont déjà lancés dans plusieurs régions du Royaume.
La prochaine saison s’annonce sous de bons auspices si l’on prend en considération les conditions favorables actuelles. Elle se déroule après une bonne récolte marquée par 90 millions de quintaux et un cumul pluviométrique excédentaire qui a enrichi les réserves des barrages et la nappe phréatique. Cela permet aux cultures dépendantes de l’irrigation d’évoluer normalement sans être impactées par la rareté de l’eau.
L’abondance des produits, notamment l’orge et le foin, profite essentiellement aux éleveurs qui disposent d’aliments de bétail naturel et à bon marché. «Nous démarrons la saison avec optimisme et espérons que la pluie soit au rendez-vous. L’année dernière a été assez favorable pour démarrer la reconstitution du cheptel national, même s’il faudrait plusieurs années pluvieuses successives. Malgré un couvert végétal riche, les éleveurs sont contraints d’apporter des compléments alimentaires. Cette année, il y a une détente sur les prix des produits, mais elle ne peut cacher le renchérissement des autres intrants, particulièrement le coût de l’énergie et celui de la main-d’oeuvre», indique Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association ovine et caprine (ANOC). Et d’appeler «le gouvernement à poursuivre son programme de soutien et de distribution des aliments de bétail subventionnés».
Pour ce qui est des filières principales, notamment les céréales et les légumineuses, véritables baromètres de la campagne agricole, il faut noter que la superficie emblavée n’a cessé de baisser au fil des ans sous l’effet de la sécheresse. «La précédente campagne a été marquée par l’emblavement de 3,9 millions d’hectares. A cause du retard des pluies, de nombreux fellahs n’ont pas entamé les travaux du sol, préférant laisser leur terre comme parcours naturels pour le bétail. Mais cette saison, il faut s’attendre à un emblavement de plus de 5 millions d’hectares. Le vent d’optimisme qui souffle actuellement sur le monde rural incite à exploiter les terres qui sont restées en jachère l’année dernière», souligne Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome et consultant agricole.
«Les bienfaits de la campagne précédente se manifestent à plusieurs niveaux. Ainsi, la plupart des intrants, notamment les semences ordinaires, sont disponibles à des prix compétitifs», précise Guennouni. Non sans relever que «les fellahs font face à une contrainte de taille, à savoir la rareté de certaines variétés de semences certifiées de céréales et de légumineuses dans de nombreuses régions. Du coup, ils se contentent de ce qu’ils trouvent. Cela peut avoir un effet sur le rendement et la qualité des récoltes. Car chaque terroir ou chaque type de climat a besoin d’une variété qui lui est propre. Les semences destinées à l’irrigué ne sont pas celles des régions bours», indique-t-il.
Par ailleurs, et comme chaque année, le gouvernement devrait mobiliser plus d’un million de quintaux de semences certifiées. Les prix devraient rester inchangés comparativement à la précédente saison. Pour le blé tendre et l’orge, le prix moyen s’affiche autour de 400DH/quintal. Pour le blé dur, il faut compter entre 400 à 450 DH/ quintal. Pour les fertilisants, plus de 600.000 tonnes d’engrais phosphatés sont mises sur le marché.
Du côté des exploitants, on relève un optimisme mesuré à l’approche du démarrage de la campagne. «Le marché est bien approvisionné cette année tant pour les semences ordinaires que pour les certifiées par rapport à l’année dernière. Toutes les variétés sont disponibles, excepté quelques-unes dans certaines régions», affirme Mohamed Mourtaki, négociant en céréales et légumineuses dans la région de la Chaouia.