Les propos de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de l'évènement «Nuits de la Finance» organisé par Finances News Hebdo le 27 janvier, ont le mérite de rompre avec l’autosatisfaction industrielle. L’industrialisation marocaine n’est ni linéaire ni naturelle. Elle s’est construite par ruptures successives, à travers des renoncements et des choix parfois douloureux.
L’ouverture commerciale a exposé un tissu productif fragile à une concurrence brutale, sacrifiant des industries protégées pour permettre l’émergence d’un modèle plus robuste. Cette «destruction créatrice» avait pour ambition de faire basculer l’industrie et la production marocaine dans les standards mondiaux. Mais il ne s’agissait pas seulement de produire. Il fallait produire vite et livrer mieux que les autres. D’où le second pari : la logistique. Ports, autoroutes, rail et hub de Tanger Med ont corrigé un handicap majeur qui annihilait toute compétitivité.
Ce choix d’investissement public, longtemps contesté, est devenu l’ossature silencieuse de la performance industrielle actuelle. L’infrastructure ne sert plus seulement l’aménagement du territoire, mais fabrique un avantage économique mesurable. Ce premier cycle a permis au Maroc de sortir du low-cost pour s’installer dans le best-cost. Mais Mezzour reconnaît lucidement que la souveraineté industrielle n’est pas encore atteinte. Assembler n’est pas décider. Produire n’est pas maîtriser la technologie.
Exporter n’est pas posséder la valeur. Le nouveau cap consiste donc à remonter dans la chaîne de valeur, capter la décision stratégique et maîtriser les brevets, le design et la marque. Autrement dit, passer de site de production à acteur industriel souverain. Le contexte international rend ce virage indispensable. Le protectionnisme rampant, les crises d’approvisionnement et la reconfiguration des chaînes de valeur mondiales ont replacé la souveraineté productive au centre des stratégies nationales.
La banque de projets industriels traduit cette volonté, l’objectif étant de substituer des importations sans retomber dans un protectionnisme inefficace, relancer l’investissement productif local et reconstruire une base industrielle nationale.
Le Made in Morocco illustre cette bataille culturelle et économique. Il doit devenir un label crédible, normé et protégé. L’avenir industriel ne se jouera pas seulement sur les chaînes de montage, mais dans l’aptitude à capter la valeur immatérielle. Car la valeur se fixe désormais à l’aval commercial qui, sans aucun doute, devient ainsi le prochain chantier industriel.
Par F.Z Ouriaghli