Inflation, dette extérieure, tourisme...Coup de chaud sur la rentrée

Inflation, dette extérieure, tourisme...Coup de chaud sur la rentrée

Qu’a-t-elle de spécial cette rentrée 2022 ? Rien de très particulier si ce n’est une inflation à 7,7% en juillet contre 1,4% en décembre 2021.

Une inflation tirée par la hausse des prix énergétiques, alimentaires et non alimentaires à l’échelle mondiale. Côté croissance, selon Bank Al-Maghrib, le taux en 2022 serait de 1% plutôt que de 3,2% prévu initialement pour la même année et par la même institution. Les économistes donnent une appellation à ce ralentissement de la croissance combiné à la forte inflation : la stagflation. Cependant, la ministre de l'Economie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, préfère détourner l’attention et ne se focaliser que sur le PIB sans pour autant le corriger de l'inflation. Elle a ainsi déclaré, fin juillet, sur les colonnes de l’un de nos confrères que le Maroc n’est pas en récession. Merci Mme la ministre, vous nous rassurez en ces temps où le Marocain est perdu entre le coût du transport, ceux du cartable scolaire et de son panier alimentaire au quotidien. Tout va bien, il faut le souligner, avec une échéance majeure: le remboursement d’une partie de la dette extérieure d’un montant de 1,5 millard de dollars. Soit quelque 17 millards de dirhams à décaisser dans une conjoncture marquée par la prudence à l’échelle internationale. Nadia Fettah Alaoui nous rassure également en annonçant, en juin dernier à un média étranger, que le Maroc serait en mesure de lever 2,5 millards de dollars auprès du marché extérieur. Un marché financier, bien évidemment, connecté aux fluctuations des prix mondiaux et notamment la guerre en
Ukraine.

Une guerre qui a entamé le virage du risque nucléaire.

A l’évidence, ces prix impactent de facto les coûts de production à l’échelle nationale et pénalisent le pouvoir d’achat. Mais faisons confiance et conti- nuons de croire qu’au Maroc, la récession n’est pas une menace. Du moins en ces derniers mois de l’année. Tout va bien. Toutefois, on ne peut s’empêcher de se poser la question de s’inquiéter ou ne pas s’inquiéter sur le manque de visibilité au niveau mondial et ses répercussions sur l’économie marocaine ô combien dépendante des pluies qui se font de plus en plus rares. Il ne faut pas s’inquiéter dans la mesure où les membres de notre gouvernement nous dressent un tableau des fondamentaux à la hauteur de leur optimisme ! Mesuré ou démesuré ? Wait and see !

Mais on devrait plutôt s’inquiéter parce que l’analyse de certaines données communiquées par nos instances méritent méditation. Elles prêtent à confusion et pourraient induire les moins avertis à la jubilation. À ce niveau d’ailleurs, je m’arrête sur les chiffres publiés par le ministère du Tourisme en ces derniers jours du mois d’août. Les chiffres déclarés séduisent parce qu’ils avancent une hausse et avoisinent ceux réalisés en 2019. Par conséquent, les rentrées de devises nous conforteraient dans l’absolu. Cependant, les vrais chiffres du tourisme sont ailleurs. Car, la tutelle a livré des chiffres cumulés de juin-juillet 2022 comparés à juin-juillet 2019. Mais en réalité, lorsque l'on regarde le cumul des nuitées entre janvier et juillet, nous sommes même en baisse de 38%. Ainsi, en ajustant le curseur, en changeant de perspective, les chiffres, bien que têtus, peuvent donner une tout autre image, notamment celle d'une année touristique bien en retard par rapport à l'avant-pandémie.

Bref, on va faire semblant de croire à l’optimisme de nos ministres, mieux placés pour décortiquer les fondamentaux de notre économie. Car il vaut mieux croire que ne pas croire. Ne serait-ce que pour mieux résister au coup de chaud qui guetterait cette rentrée. 

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