Galerie H by Holmarcom : Célébration de la dixième exposition avec «D.I.X»
À Casablanca, dix ans après sa création, la Galerie H du groupe Holmarcom invite 27 designers ayant exposé dans ses murs depuis 2015. Carte blanche, pièces inédites et scénographie ouverte : «D.I.X» se veut moins un bilan qu’un instantané du design marocain contemporain.

On ne célèbre pas toujours un anniversaire en regardant derrière soi. Pour ses dix ans, la Galerie H du groupe Holmarcom aurait pu choisir la rétrospective et le défilé des souvenirs. Elle a fait le pari inverse avec «D.I.X», sa dixième exposition : demander à 27 designers qui ont jalonné son histoire de créer du neuf. Chacun propose une œuvre ou une série inédite, sans thématique imposée. Le résultat est un portrait en mouvement du design marocain, entre héritage amazigh, inspirations sahariennes et imaginaire cinématographique.
Tout est parti d’un pari. «Tout a commencé il y a 10 ans par une intuition», rappelle la direction de la galerie lors de la présentation à la presse. Le groupe Holmarcom était persuadé que le design marocain avait un très grand potentiel à révéler. Vingtsept créateurs, pour la plupart présents ce jour-là, sont venus lui donner raison.
Kenza Bensalah, administratrice du groupe, a rappelé la conviction de départ : «le Maroc possède des savoir-faire qui sont ancestraux, exceptionnels, et des designers capables de les réinventer et de leur donner une nouvelle vie, de nouvelles forme». La galerie est née du rêve d’un lieu où ces talents pourraient s’exprimer, rencontrer le public et gagner en visibilité. Elle a insisté sur la durée : «ce que nous célébrons aujourd’hui, ce ne sont pas uniquement un nombre d’éditions, mais c’est avant tout la constance d’un engagement mené depuis dix ans aux côtés des designers».
Le principe de cette dixième édition tient en peu de mots. Vingtsept designers parmi ceux qui ont déjà exposé à la Galerie H depuis 2015 ont reçu carte blanche, ce qui constitue une rupture pour un lieu habitué à proposer un fil conducteur à ses créateurs : «cette exposition ne sera pas une rétrospective de ces 10 ans. C’est plutôt une photographie qu’on a envie de faire de la scène du design marocain contemporain».
Ils décrivent un design «très riche, qui est à la fois très singulier parce qu’il est inspiré de notre culture et de notre patrimoine, mais qui est aussi pluriel et diversifié». Plusieurs générations de designers s’y croisent, réunies par leur attachement au patrimoine et leur envie de réinventer les savoir-faire traditionnels.
Un parcours libre, des créateurs en dialogue
La scénographie de «D.I.X» traduit cette philosophie. Les organisateurs la voulaient «fluide, avec un parcours libre et un parcours ouvert où chaque création dialogue avec les autres tout en préservant la singularité de chacune des œuvres». Aucun sens de visite n’est imposé et les pièces se répondent plus qu’elles ne s’enchaînent.
Elle porte la signature de Yassine Hmichane, designer lui-même, qui présente son bureau dans l’exposition. Celui dont c’est la quatrième collaboration avec la galerie H dit avoir toujours bénéficié de la même latitude : «comme à chaque année d’ailleurs, j’ai toujours eu carte blanche». Cette année, le défi tenait à la diversité des univers réunis. Sans thème commun, il fallait «être le plus sobre et le plus neutre possible», explique-t-il, pour «pousser les gens à vraiment se perdre dans la circulation» et mettre en valeur chaque pièce sans heurt. Le défi, résume-t-il, était «d’essayer de faire en sorte que ce soit homogène sans que ça s’entrechoque».
Sa méthode part des créateurs. Il récupère les concepts globaux de chacun, puis cerne ce dont leurs pièces ont besoin : hauteur, largeur, profondeur, circulation autour ou non, face-à-face ou mise à distance. «Je prends tous ces éléments-là et j’essaie de jouer avec, de créer un cheminement, sans que ça s’entrechoque», dit-il. Avec 27 designers qui présentent chacun deux ou trois pièces, l’exercice relevait du casse-tête. La galerie y voit la preuve d’une logique plus large : des collaborations qui se poursuivent au-delà des expositions, «au gré des besoins et des sujets».
Sur ce parcours, on croise Salima Abdel-Wahab, Ayoub Ariba Marya Belkhou, Kenza Bennani, Nadia Berriss, le duo Mohcyn Bousfiha et Mouad Mohsine, Samir Chaoui, Sophia Chraibi Giorgi, Khalid Darnaoud, Abdou Diouri, Younes Duret, Hicham El Madi, Taha El Qortbi, Mouna Fassi Fihri, Soukeina Hachem, Kamil Hajji, Mehdi Khessouane, Wafa Kirane, Marie Lloret, Soufiane Tiglyene ou encore Ulrich Zouanda. À leurs côtés, des visages familiers de la maison. Myriam Mourabit retrouve la galerie qui avait accueilli ses premières créations. «Il y a dix ans, j’ai présenté de petits objets, des prototypes», se souvient-elle: elle expose aujourd’hui un travail désormais référencé. Avec «Matrice», elle rend hommage à la culture amazighe, dont elle souligne la richesse comme la fragilité. L’architecte d’intérieur Kanza Ben Cherif puise, elle, dans les cultures saharienne et touarègue pour imaginer «Miroir du désert». Sa collection explore les symboles du désert et interroge les représentations du féminin et du masculin.
Hind Kharifi fait dialoguer cinéma, illustration et design. Illustratrice, artiste graphique et designer, elle porte aussi un festival de cinéma et d’animation à Meknès. Sa création, inspirée d’une bobine de film, prend la forme d’une console TV. Elle en fait un objet de silence : «c’est un objet qui est généralement silencieux. On a l’impression que c’est un objet tout simple, mais il porte énormément d’images, d’histoires, d’émotions». Son illustration est, dit-elle, «figurative, mais également abstraite, parce qu’elle peut être interprétée de différentes manières» : on peut y lire les dunes, les arbres, les montagnes, le feu, le ciel, la mer et la terre.
L’objet a une histoire plus longue que l’exposition. La galerie lui avait proposé une édition autour du cinéma d’animation, qui n’a finalement pas eu lieu. Elle en a gardé des dessins et restylisé l’objet pour lui donner une nouvelle vie. «C’est un petit hommage qu’on fait aussi», glisse-t-elle.
À côté des 27 designers, un espace Concept Store réunit une dizaine de créateurs de céramique, de bijoux et de mode. Côté mode, Kaoutar Sahel, fondatrice et directrice de création de Maison Youme, signe une veste baptisée «Victoire», aux couleurs rouge et vert du Maroc et ornée de la main de Fatma. Ses poches reprennent celles des facteurs qui sillonnaient autrefois les ruelles des anciennes médinas, un souvenir d’enfance transformé en parti pris stylistique.
Houria Afoufou, un paravent pour trois femmes
Plus haut dans le parcours, la designer Houria Afoufou a choisi de raconter une histoire. «Moi, aujourd’hui, je vais proposer un paravent, mais pas un paravent normal», prévient-elle. Sa pièce est un vitrail à trois panneaux, inspiré d’une femme de son village, sa muse. «J’ai grandi avec tout cet univers, avec les odeurs, les couleurs», dit-elle.
Le vitrail représente trois femmes «qui, chacune, ont le même combat». À gauche, Simone Veil, pour les lois. Au centre, Kahina, la guerrière conquérante. À droite, l’écrivaine sénégalaise Fatou Diome, qui travaille sur les cultures hybrides et les identités. Trois femmes, donc, et trois combats : celui des lois, celui des armes et celui des mots.
Le geste lui-même est un parti pris. Houria Afoufou est droitière, mais elle a réalisé le dessin de la main gauche, pour «retrouver cette naïveté» et «donner aussi une grâce à la gauche, à tout ce qui n’est pas parfait, aux courbes qui ne sont pas régulières».
La réalisation a été confiée à une artisane de Meknès, Leila Benihia. Pour la designer, qui parcourt le Maroc à la rencontre des artisans, c’est sa vingtième collaboration. L’artisane travaille selon une technique ancestrale, que la designer fait remonter au XIIIe siècle : les petites pièces de verre sont serties de cuivre, puis soudées au plomb. L’ouvrage mobilise près de 70 jours de travail, pièce par pièce. Autour de l’artisane, une équipe de femmes venues de la perle filée, de la broderie ou de la vannerie, «des femmes qui ont une technique avec les mains incroyable». «Elle les a réunies, elle les a formées», raconte Houria Afoufou. Et ces mains ont laissé leur marque : «elles-mêmes, elles vont rajouter aussi quelque chose de naïf».
Pour elle, la pièce est avant tout «un hommage de femmes à femmes» : trois femmes mises en lumière par trois autres femmes. «C’est la mémoire. C’est le combat. C’est la liberté», résume-telle. Reste le choix de l’objet. Un paravent est fait pour séparer, mais pour l’artiste «aujourd’hui, il ne sépare plus, il laisse passer la lumière, il nous unit».
Pour cette dixième édition, la Galerie H confirme son pari de départ : celui d’un design marocain qui mérite d’être montré, porté par une scène créative qui se renouvelle d’une édition à l’autre.





