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Culture & Société

Galeries itinérantes : «La mobilité internationale est aujourd’hui primordiale»

Les galeries jouent un rôle important dans la structuration du marché de l’art et l’accompagnement des artistes. Dans ce paysage, le modèle de la galerie itinérante apporte une dimension supplémentaire en allant à la rencontre de nouveaux publics et en ouvrant davantage le marché à l’international. Entretien avec Selma Naguib, galeriste, curatrice et fondatrice «d’Art First Galerie».

IPar I.Zerrouk
|Publié le 13 Octobre 2026 à 14:00
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galerie itinérante maroc

Finances News Hebdo : Vous avez commencé comme galeriste itinérante avant de cofonder Art First. Pourquoi passer d’un modèle mobile à une galerie structurée, et quel modèle économique cherchez-vous aujourd’hui à construire ?

Selma Naguib : Depuis nos débuts, nous avons cherché à nous différencier de la concurrence en apportant une nouveauté au cœur de la scène artistique locale. Être une galerie itinérante nous permet d’exposer nos artistes dans des lieux divers, que ce soient des lieux indépendants ou appartenant à des institutions. Apporter une connotation institutionnelle à une exposition n’est pas négligeable. Pour le reste, j’aime beaucoup travailler sur de grands espaces comme celui de la Villa des arts, avec laquelle nous collaborons pour la grande rétrospective de l’artiste Soumiya Jalal, car cela permet de donner une véritable assise à l’exposition, qu’elle soit individuelle ou collective. De plus, je pense qu’aujourd’hui nous sommes de plus en plus axés sur un mode de vie nomade. Il s’agit aussi de surprendre le public avec de nouveaux espaces et diverses scénographies.

F. N. H. : Le galeriste itinérant investit des lieux, touche de nouveaux publics et crée des opportunités de vente. Est-ce aussi un moyen de réduire les barrières d’accès au marché de l’art ?

S. N. : Tout à fait, le modèle du galeriste itinérant est un puissant levier pour réduire les barrières d’accès au marché de l’art. En s’affranchissant des codes rigides de la galerie traditionnelle, cette approche démocratise l’accès aux œuvres, tant pour les collectionneurs que pour les artistes. De plus, le fait d’être ouverts à différents types de collaborations grâce à l’itinérance nous encourage à toucher de nouveaux publics et à investir différents lieux d’exposition.

Cela nous permet également de faire connaître les artistes à de nouveaux collectionneurs. Les artistes, quant à eux, explorent de nouveaux horizons et nous ouvrent les voies d’une créativité sans borne.

F. N. H. : Art First travaille avec des entreprises, des fondations et des institutions. Quel poids ces collaborations représentent elles dans l’activité d’une galerie et comment créent elles de nouvelles sources de valeur ?

S. N. : Les collaborations avec les entreprises, les institutions et les fondations jouent un rôle stratégique dans le développement de notre galerie. Elles représentent, dans notre cas, plus de 40% de l’activité globale. Obtenir le soutien d’une institution ou vendre des œuvres à des fondations valide le travail de la galerie, participe à la cote de ses artistes et en lance d’autres. Sans oublier que les collectionneurs privés sont souvent rassurés par la validation institutionnelle, ce qui peut faciliter l’achat par la suite.

F. N. H. : Quel rôle une galerie peut-elle jouer dans le financement et l’accompagnement des artistes ?

S. N. : Une galerie d’art joue un rôle de catalyseur indispensable en structurant une démarche de carrière sur le long terme pour l’artiste, notamment en ce qui concerne la scène émergente. Il s’agit d’organiser des expositions individuelles qui valorisent la démarche artistique et mettre en place les outils promotionnels qui les accompagnent. Et ce, en plaçant l’artiste dans des musées, fondations ou institutions d’envergure, et enfin en assurant la légitimation marchande de l’artiste. Nous proposons également un véritable accompagnement en donnant un regard critique sur les choix artistiques, les scénographies d’exposition ou la participation aux événements artistiques à travers le monde.

F. N. H. : Le marché de l’art marocain dispose-t-il aujourd’hui d’une base suffisante de collectionneurs pour permettre aux galeries de développer un modèle économique durable ?

S. N. : Cela reste difficile malgré le développement considérable du marché de l’art au Maroc ces dix dernières années. Nous n’avons toujours pas de modèle économique durable. N’oublions pas qu’une part importante des transactions se fait directement auprès des artistes, ne laissant pas toujours la place aux galeries d’agir. Sans compter que le marché de l’art au Maroc reste un marché élitiste, de ce fait, l’art reste toujours perçu comme inaccessible. Le nombre d’acheteurs reste aussi restreint. C’est la raison pour laquelle certaines galeries participent aux foires internationales pour se construire un réseau étranger même si cela reste très coûteux en termes d’investissement.

F. N. H. : La peinture occupet-elle aujourd’hui toute sa place dans le marché de l’art marocain ? Quels sont les principaux freins à sa valorisation et au développement des artistes peintres ?

S. N. : Tout d’abord, quand je parle d’art contemporain, je ne parle pas que de peinture, mais aussi d’art textile, de photographie, d’installations ou encore de sculpture. Nous présentons actuellement avec Art First Galerie et la Fondation Al Mada une exposition majeure d’une pionnière de l’art textile à la Villa des arts de Casablanca, l’artiste Soumiya Jalal. Cette exposition connaît un grand succès et cela nous fait de plus en plus plaisir de recevoir un public curieux, passionné, fasciné par l’art textile ou par d’autres types d’art. Ça commence à entrer dans les mœurs que collectionner de l’art, ce n’est pas seulement collectionner de la peinture.

En ce qui concerne la peinture, bien sûr que celle-ci a toute sa place dans le marché de l’art. On le voit encore aujourd’hui avec des artistes reconnus comme Belkahia, Melehi, Cherkaoui ou encore Hassani. Je remarque en revanche que cela reste souvent un placement plutôt qu’un achat coup de cœur. Quand il s’agit de peintres de renom, ce n’est jamais compliqué de les placer dans des collections privées ou institutionnelles. En revanche, il y a encore un gros travail à faire sur la scène émergente.

F. N. H. : Vous accompagnez des artistes marocains et africains sur des rendezvous internationaux. Quel potentiel commercial représente cette ouverture sur les marchés africains et internationaux ?

S. N. : Être ouverts sur l’international est une nécessité et un enjeu majeur aujourd’hui. Nous ne pouvons pas rester cantonnés au Maroc seulement, même si celuici représente l’essentiel de notre activité. La mobilité internationale est quelque chose de primordial. Nous comptons participer à une foire internationale en 2027 et nous organisons, comme chaque année, une exposition en marge de la foire internationale 1-54 d’art africain à Marrakech.

Ce mois de novembre, nous serons à Dakar pour une résidence d’artistes que nous coorganisons, doublée d’une exposition, qui mettra à l’honneur quatre artistes marocains parmi plusieurs artistes du continent. Nous sommes actuellement dans le programme de Morocco Design, avec des installations iconiques de l’artiste textile Soumiya Jalal au showroom Ketal Moroso, ce qui nous permet de toucher un autre public. Nous sommes également en discussion sur d’autres projets internationaux. Cela permet à nos artistes d’être sur le devant de la scène internationale, mais aussi d’asseoir le positionnement de notre galerie d’art à plus grande échelle. Grâce à cela, nous avons réussi à nouer des liens avec une clientèle internationale.

F. N. H. : Après le modèle itinérant et le développement d’Art First, quelles sont aujourd’hui vos ambitions pour la galerie et pour les artistes que vous accompagnez, notamment à l’international ?

S. N. : Aujourd’hui, après avoir consolidé le modèle itinérant et structuré notre showroom physique, nos ambitions se tournent vers l’ancrage pérenne, la digitalisation et le rayonnement international de nos artistes. Nous aimerions continuer aussi à cibler l’institutionnel, très porteur, qu’on aimerait sensibiliser davantage à l’art. Nous voulons continuer à intégrer des collections institutionnelles au Maroc et à l’international, et accompagner nos artistes sur le long terme avec une vraie vision adaptée au marché international.

Nous avons actuellement une trentaine d’artistes à notre actif que nous souhaitons propulser davantage au Maroc et à l’international, et intégrer d’autres artistes que nous suivons depuis de nombreuses années. Bien qu’aujourd’hui nous travaillions avec des artistes d’envergure, nous sommes aussi très portés sur la scène émergente, que je trouve très prometteuse. Nous avons d’ailleurs organisé les premiers solo shows d’artistes de la jeune scène, qui ont très bien fonctionné. La clientèle est aussi à l’affût de nos pépites dans l’art.

F. N. H. : Vous multipliez aujourd’hui les projets dans différents univers créatifs, notamment le théâtre. Qu’est-ce qui vous pousse à investir ces différents champs artistiques et comment ces expériences se nourrissent-elles mutuellement ?

S. N. : Cela fait une vingtaine d’années que j’exerce le théâtre, qui fait partie de ma vie depuis toujours. Je n’en ai pas fait mon métier comme l’art, mais j’ai un amour inconditionnel pour cette passion que je continue d’exercer une à deux fois par semaine quand mon agenda me le permet.

Je fais également partie d’une troupe de théâtre, nous nous produisons depuis quelques années sur scène avec une pièce intitulée «Maragdach», sur la grève du sexe, portée sur les droits de la femme, qui connaît un énorme succès auprès du public.

J’aime la magie de l’éphémère dans le théâtre, le présent absolu. Être sur scène me procure un immense bonheur. J’aime la scène, j’aime le contact avec le public, incarner des personnages est un voyage en soi. Je suis passée à des cours devant la caméra depuis deux ans à l’Acting Institute et maintenant à l’Atelier du Jeu avec l’acteur Miz, dans lequel j’apprends de nouvelles techniques de jeu.

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