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PAM : Un pacte à 50 milliards de DH pour l’insertion des jeunes

Le PAM place la jeunesse au cœur de ses ambitions économiques et sociales. Création d’emplois, amélioration du pouvoir d’achat, formation professionnelle et soutien à l’entrepreneuriat : le parti a multiplié les engagements pour répondre aux difficultés d’insertion des jeunes. Mais comment traduire ces promesses en mesures concrètes et avec quels moyens financiers ? Abdelilah Eid Nizar, représentant de la jeunesse du PAM, revient sur les principaux dispositifs proposés, leurs objectifs et les conditions de leur mise en œuvre.

YPar Y.Seddik
|Publié le 17 Octobre 2026 à 16:00
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PAM

Finances News Hebdo : Vous annoncez 350 Mds de DH pour financer votre programme, dont 50 milliards consacrés au Pacte pour l’intégration des jeunes. Sur quel taux de croissance repose votre scénario et, si cette croissance n’est pas au rendez-vous, quelles seraient les conséquences pour les engagements destinés aux jeunes ?

Abdelilah Eid Nizar : Le PAM prévoit de mobiliser 350 milliards de dirhams pour financer son programme, sur la base d’un taux de croissance annuel de 5%. Toutefois, si l’on effectue un calcul sur la période 2021-2026, durant laquelle le taux de croissance n’aurait pas dépassé 4,3% à son meilleur niveau, nous constatons que 280 milliards de dirhams ont pu être mobilisés.

Ainsi, si l’on reproduit les mêmes taux de croissance entre 2026 et 2031, il ne manquerait que 70 milliards de dirhams pour atteindre l’objectif fixé. Ces ressources supplémentaires pourraient être mobilisées à travers les collectivités territoriales et d’autres programmes ou lignes budgétaires, notamment en sollicitant davantage les ressources des collectivités territoriales.


F. N. H. : Vous faites du pouvoir d’achat une priorité de votre programme. Pour les jeunes qui débutent leur vie professionnelle avec des revenus souvent limités, comment comptez-vous concrètement améliorer leur pouvoir d’achat et leur capacité à devenir autonomes ?

A.E.D. : Le pouvoir d’achat ne concerne pas uniquement les jeunes qui débutent leur vie professionnelle, mais l’ensemble des Marocains, toutes tranches d’âge confondues.

Parmi les mesures proposées par le PAM, figure la création de six sociétés régionales destinées à supprimer les intermédiaires. Selon notre analyse, ces derniers représentent jusqu’à 80% du prix final d’un produit, sans que cette marge profite nécessairement au collecteur ou à l’agriculteur. L’objectif est donc de réduire ces intermédiaires en créant des sociétés régionales chargées d’acheter et de collecter les produits agricoles, puis de les commercialiser directement sur les marchés de gros.

Une autre mesure consiste à supprimer l’impôt sur le revenu pour les salaires concernés par la réforme. Cette disposition permettrait d’augmenter les revenus nets des salariés d’environ 10 à 13%.

Pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail, le PAM prévoit également de développer des formations adaptées aux besoins des entreprises et de mettre en place un parcours baptisé «Massar Idmaj», destiné à mieux articuler la formation et le marché du travail et à faciliter l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Enfin, une mesure spécifique est prévue pour une autre catégorie de jeunes : les NEETs, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le PAM entend également leur proposer un dispositif adapté à leur situation.


F. N. H. : Votre réforme de l’IR prévoit une exonération jusqu’à 15.000 DH brut par mois. Pour un jeune qui entre sur le marché du travail avec un premier salaire, quel serait concrètement l’impact de cette mesure sur son revenu disponible ? Et comment comptez-vous financer cette réforme ?

A.E.D. : La réforme de l’impôt sur le revenu, proposée par le PAM, vise avant tout à renforcer le pouvoir d’achat des salariés.

Comme indiqué précédemment, la suppression de l’IR pour les salaires bruts inférieurs à 15.000 dirhams permettrait une augmentation du revenu net de l’ordre de 10 à 13%, selon les situations. Cette mesure représenterait, en termes de gain de pouvoir d’achat, l’équivalent d’un treizième mois pour les salariés concernés.

Il ne s’agit donc pas de promettre une augmentation du salaire minimum, mais de supprimer l’impôt sur le revenu pour les rémunérations situées sous ce seuil afin d’améliorer le revenu disponible des travailleurs. C’est l’objectif final de cette réforme.


F. N. H. : Vous promettez un million d’emplois nets d’ici 2031, dont 360.000 liés directement ou indirectement au Mondial 2030. Quelle part de ces emplois sera destinée aux jeunes et combien seront réellement pérennes après la compétition ?

A.E.D. : Concernant l’objectif d’un million d’emplois nets à l’horizon 2031, il convient de préciser qu’il ne s’agit pas d’un cumul de recrutements réalisés sur la période.

Environ un tiers de ces emplois, soit 360.000, seraient liés directement ou indirectement à la Coupe du monde 2030. Cette estimation repose sur la dynamique économique qui accompagnera l’événement entre 2026 et 2030.

Les activités liées à la Coupe du monde commenceront bien avant le lancement de la compétition : préparation des routes, construction et aménagement des stades, développement de villes comme Benslimane, création d’espaces et d’infrastructures touristiques ou de loisirs, entre autres.

Les plus de 70% d’emplois restants devraient provenir d’autres secteurs, notamment les services à forte valeur ajoutée, l’industrie et l’agriculture, qui connaissent déjà une dynamique de développement au Maroc. La culture et le sport représentent également des pistes de création d’emplois, à travers notamment leur industrialisation, au même titre que le tourisme.

S’agissant de la pérennité des emplois liés au Mondial, il serait incorrect d’affirmer que les 360.000 postes auront tous la même durée. Certains seront nécessairement temporaires, puisqu’ils dépendront des chantiers ou de l’organisation de l’événement.

L’objectif sera toutefois de préserver le maximum d’emplois créés et de favoriser leur reconversion vers d’autres événements que le Maroc accueillera et organisera. Le pays ne s’arrêtera évidemment pas à la Coupe du monde 2030.


F. N. H. : Votre programme prévoit également 500.000 «premiers contrats de travail» pour les jeunes sur cinq ans. Comment ce dispositif s’articulera-t-il avec votre objectif de création d’un million d’emplois ?

A.E.D. : Les 500.000 premiers contrats de travail prévus pour les jeunes sur cinq ans sont inclus dans l’objectif global d’un million d’emplois nets que le PAM espère créer entre 2026 et 2031. Il ne s’agit donc pas de 500.000 emplois supplémentaires qui viendraient s’ajouter à cet objectif.

Ce dispositif constitue un levier pour faciliter l’accès des jeunes à l’emploi. Le problème auquel nous souhaitons répondre est bien identifié : de nombreuses entreprises hésitent à recruter des jeunes en raison de leur manque d’expérience professionnelle. De leur côté, les jeunes rencontrent des difficultés à accéder à des stages et, même lorsqu’ils en obtiennent un, à bénéficier de véritables missions leur permettant d’acquérir une expérience concrète.

L’idée est que l’État prenne temporairement en charge une partie du coût du premier recrutement, selon un mécanisme dégressif. Ce soutien serait accordé aux entreprises qui recrutent des jeunes et serait conditionné au maintien du salarié en emploi pendant une durée suffisamment longue.


F. N. H. : Votre programme évoque environ 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans qui sont en dehors de l’éducation, de la formation ou de l’emploi. Vous proposez un parcours d’intégration pouvant concerner jusqu’à 300.000 jeunes par an. Comment allez-vous concrètement identifier, accompagner et insérer ces jeunes dans le marché du travail ?

A.E.D. : Les NEETs désignent les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Il s’agit généralement de personnes qui n’ont pas de formation en cours, ne poursuivent pas leurs études et ne recherchent pas activement un emploi. Cette catégorie représente un véritable défi pour le Maroc.

Une grande partie de ces jeunes a également participé aux manifestations de la Gen Z, ce qui souligne l’importance de mieux répondre à leurs difficultés et à leurs attentes.

Aujourd’hui, ces jeunes sont concernés par plusieurs programmes d’accompagnement distincts, sans qu’un dispositif unique permette de les coordonner. Le PAM propose donc de mettre en place un parcours unifié d’insertion, baptisé «Massar Idmaj», reposant sur une plateforme nationale et un diagnostic adapté aux différentes catégories de jeunes concernés.

Même s’ils appartiennent à la même tranche d’âge, ces jeunes présentent des situations, des difficultés et des contraintes différentes. Il est donc essentiel de comprendre les besoins propres à chaque catégorie avant de définir les solutions appropriées.

Le parcours pourrait ainsi comprendre un accompagnement social, suivi d’une formation dans un secteur qui recrute ou d’une reconversion professionnelle. Selon les situations, il pourrait également déboucher sur un emploi, un retour aux études ou un accompagnement à la création d’entreprise. Les réponses apportées seraient donc adaptées aux besoins et aux problématiques de chacun.

L’objectif est d’accompagner jusqu’à 300.000 jeunes par an. À l’heure actuelle, plusieurs programmes dispersés permettent d’en accompagner près de 90.000 annuellement. Or, chaque année, environ 400.000 jeunes sortent du système éducatif sans accéder à un emploi ou se retrouvent confrontés à des difficultés d’insertion. En portant la capacité d’accompagnement à 300.000 jeunes par an, nous souhaitons mieux répondre à cet afflux annuel et limiter l’accumulation de jeunes éloignés de l’emploi, de la formation et des études.


F. N. H. : Il existe souvent un décalage entre les compétences enseignées dans les établissements de formation et les besoins des entreprises. Comment le PAM compte-t-il réduire ce décalage afin de mieux préparer les jeunes au marché du travail ?

A.E.D. : Il existe effectivement un décalage entre les compétences enseignées dans les établissements de formation et les besoins du marché du travail. Pour y remédier, le PAM propose de développer la formation en alternance et l’apprentissage, avec une capacité qui devrait progressivement atteindre 100.000 bénéficiaires.

Les secteurs concernés comprennent notamment l’industrie, le tourisme, la culture, la logistique et les énergies renouvelables.

Une part beaucoup plus importante de l’apprentissage devrait ainsi se dérouler directement en entreprise, à l’image des dispositifs d’alternance mis en place dans plusieurs pays.

Certaines formations sont déjà financées directement par des entreprises qui connaissent précisément leurs besoins en compétences. L’objectif est de renforcer ce modèle en encourageant les entreprises à financer des formations et des filières au sein de différents établissements, puis à accueillir leurs étudiants en alternance, avec la possibilité de les recruter définitivement à l’issue de leur parcours. Le programme «Compétences 2030» prévoit également environ 500.000 opérations de qualification et de reconversion professionnelles.

Le PAM souhaite par ailleurs revoir les modalités de financement de la formation en conditionnant une partie des versements aux résultats obtenus. Le principe serait de verser un premier tiers au démarrage, un deuxième tiers lorsque la qualification est obtenue, puis le solde, estimé à environ 40%, après l’insertion professionnelle.

Autrement dit, les organismes de formation ne seraient plus évalués uniquement sur le nombre de jeunes formés, mais aussi sur leur capacité à les conduire vers le marché du travail et à leur permettre d’accéder à un emploi.

L’objectif est donc de privilégier la qualité et les résultats plutôt que la seule quantité : il ne s’agit pas simplement de savoir combien de jeunes ont été formés, mais combien ont réellement été insérés dans le marché du travail.


F. N. H. : Le PAM propose d’accompagner environ 60.000 entreprises portées par des jeunes. En quoi consisterait concrètement cet accompagnement et qu’est-ce qui le différencierait des dispositifs déjà existants ?

A.E.D. : L’accompagnement des 60.000 entreprises portées par des jeunes reposerait essentiellement sur un suivi pouvant aller jusqu’à deux ans. Nous avons constaté que les difficultés rencontrées par les jeunes entrepreneurs ne se limitent pas à l’accès au crédit.

Le financement et les garanties constituent certes des obstacles importants, mais les difficultés concernent également la concrétisation des projets et leur structuration dès le départ.

La principale différence avec les dispositifs antérieurs serait donc de passer d’une logique centrée sur le financement à une approche axée sur la viabilité économique des entreprises.

Le programme prévoit notamment d’ouvrir davantage la commande publique aux petites et moyennes entreprises. Nous avions évoqué un quota de marchés publics qui leur serait réservé, de l’ordre de 30% ou davantage.

Le PAM propose également une exonération de l’impôt sur les sociétés pendant cinq ans pour les très petites entreprises (TPE), en contrepartie de la création d’au moins trois emplois.

L’objectif n’est pas simplement de favoriser la création de 60.000 entreprises, mais d’augmenter le nombre de jeunes entreprises capables de trouver des clients, de développer une activité viable et de créer des emplois.

Il s’agit également de faciliter leur accès aux garanties bancaires et aux marchés, notamment grâce au quota de commande publique proposé, puis de poursuivre leur accompagnement après leur création afin d’éviter que leurs projets ou les marchés qu’elles obtiennent n’échouent faute de suivi.

C’est cette approche globale, qui associe financement, accès au marché et accompagnement dans la durée, qui constitue l’ambition du programme.

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