Finances News HebdoFinances News Hebdo
Politique

Sahara marocain : A quelques jours du vote du 31 octobre, Rabat consolide ses acquis à l’ONU

Un an après la résolution 2797, le Maroc poursuit son offensive diplomatique autour du plan d’autonomie. Actualisation de son initiative, plaidoyer à l’Assemblée générale et devant la 4ème Commission, multiplication des soutiens internationaux : Rabat entend transformer l’inflexion de 2025 en avancée durable.

LPar L.Ch
|Publié le 17 Octobre 2026 à 14:00
Partager
omar hilal onu

Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies adoptait la résolution 2797 par 11 voix pour, aucune voix contre et trois abstentions. Le texte, resserré à 14 paragraphes contre 43 l’année précédente, écartait l’option référendaire et plaçait l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté marocaine au cœur du cadre de règlement. Le Roi Mohammed VI avait salué un «changement historique». Un an plus tard, alors que le Conseil doit se prononcer de nouveau, le 31 octobre, sur le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), Rabat entend consolider cet acquis.

Pour Mohamed Badine El Yattioui, cette évolution dépasse la portée immédiate d’un texte onusien. «Quand on parle de l’autonomie, c’est une consécration diplomatique pour le Maroc, ce qui s’est passé l’année dernière», estime-t-il. Selon l’universitaire, la résolution a consacré le plan marocain comme une solution crédible et réaliste, à la fois au regard des rapports de force diplomatiques et des enjeux géopolitiques régionaux.

Une initiative actualisée

Dès février, à Madrid, lors de consultations accueillies par l’ambassade américaine, le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita a présenté une version actualisée de l’initiative d’autonomie, en s’appuyant explicitement sur la résolution 2797. Élaborée sur instructions royales, cette proposition vise, selon le ministère, à fournir un cadre global de négociation et à favoriser un règlement politique durable.

Le 23 septembre, devant la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, Nasser Bourita a réaffirmé les principes de la position marocaine. «Il n’y a pas de solution en dehors du cadre de l’autonomie sous souveraineté marocaine», a-t-il déclaré, ajoutant qu’«il ne saurait y avoir de maintien du statu quo» et que «le train de la solution politique est déjà en marche».

Le ministre a également décrit un différend régional «entré dans une voie irréversible de rupture avec le passé et de projection vers l’avenir, en vue de son règlement définitif». Une formulation qui traduit la volonté de Rabat de présenter la résolution de 2025 non comme un aboutissement, mais comme le point de départ d’une nouvelle phase politique.

Cette lecture rejoint l’analyse de Mohamed Badine El Yattioui. Dans un environnement marqué par les tensions au Maghreb et l’instabilité de l’espace sahélosaharien, l’autonomie représenterait une voie de compromis entre deux exigences : la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale revendiquées par le Maroc, d’une part, et la recherche d’une issue politique au différend, d’autre part.

«Le Maroc a proposé réellement une voie médiane qui lui permet à la fois de répondre à ses exigences en matière de souveraineté, d’intégrité territoriale, tout en permettant une sortie par le haut», souligne-t-il.

Pour l’universitaire, cette dimension régionale est essentielle. La question du Sahara ne peut être dissociée des équilibres sécuritaires et économiques d’un espace qui s’étend du Maghreb au Sahel. Dans cette perspective, Rabat cherche à faire valoir son initiative non seulement comme une réponse à un différend territorial, mais aussi comme un cadre susceptible de favoriser une stabilisation régionale plus large.

Les garanties de l’autonomie

Si la résolution 2797 constitue un acquis diplomatique pour Rabat, sa traduction institutionnelle et politique demeure un enjeu central. Car, au-delà de la reconnaissance internationale du cadre proposé, la crédibilité d’une solution d’autonomie dépendra aussi des mécanismes appelés à la concrétiser. Mohamed Badine El Yattioui insiste sur les garanties que le Maroc a, selon lui, progressivement mises en place en matière de représentation et de participation institutionnelle.

Il cite notamment le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS), la représentation parlementaire des provinces du Sud et l’intégration de personnalités originaires de la région dans les institutions de l’État.

Ces garanties institutionnelles suffiront-elles ? «Ce qui reste très important, ce sont les garanties d’un point de vue fiscal et juridique», insiste-t-il. Selon lui, la mise en œuvre de l’autonomie devra clarifier les relations financières entre Rabat et les institutions régionales, notamment en matière de recettes fiscales et de gestion des ressources.

L’enjeu est donc de passer d’une consécration diplomatique à une architecture institutionnelle opérationnelle. En d’autres termes, le débat ne porte plus uniquement sur le principe de l’autonomie, mais aussi sur les garanties susceptibles d’en assurer le fonctionnement et la légitimité auprès des populations concernées.

Et plusieurs questions pourraient cristalliser les divergences entre les parties, à commencer par l’éventuelle création d’un conseil de transition et les modalités de gestion des ressources naturelles. La question des ressources devrait également occuper une place importante dans les discussions. Phosphates, ressources halieutiques et autres richesses naturelles soulèvent des interrogations sur leur gestion, leur exploitation et la répartition des revenus entre les institutions nationales et les futures structures régionales : «La répartition entre Rabat et la région autonome» sera, selon l’expert, un véritable sujet de discussion.

La 4ème Commission, nouvelle tribune pour Rabat

Mardi 13 octobre, devant la 4ème Commission, l’ambassadeur représentant permanent du Maroc auprès de l’ONU, Omar Hilale, a replacé la résolution 2797 au cœur du processus. Elle marque, selon lui, une «inflexion majeure» : les Nations unies passent d’une logique de gestion à celle du règlement du différend. Le diplomate a rappelé que le texte place l’initiative marocaine d’autonomie au centre du processus politique et appelle les parties à s’engager de bonne foi et sans conditions préalables. Il a aussi plaidé pour des solutions durables en faveur des populations des camps de Tindouf, conformément au droit international. Cette dynamique pourrait, a-t-il estimé, ouvrir la voie à un règlement définitif et à une nouvelle étape de coopération régionale, notamment par la relance de l’Union du Maghreb.

Les soutiens se sont multipliés dans la même enceinte. Le Chili a réitéré son appui au plan d’autonomie comme solution «juste, durable et mutuellement acceptée». Le Panama, membre non permanent du Conseil de sécurité, a rappelé que son ambassade à Rabat couvre l’ensemble du territoire marocain, provinces du Sud comprises, et exprimé sa volonté de promouvoir la coopération économique et commerciale dans la région.

Côté américain, l’ambassadeur à l’ONU, Mike Waltz, a écrit le 1er octobre sur X, après une rencontre avec des représentants du Polisario : «la base d’une solution est sur la table». Le rapport du secrétaire général (S/2026/781), présenté les 7 et 8 octobre au Conseil par Alexander Ivanko et Staffan de Mistura, indique que les négociations, coprésidées par ce dernier et par Mike Waltz, sont passées des déclarations de principe à l’examen de dispositions concrètes pour une phase de transition : conseil de transition, garanties internationales, partage des ressources, amnistie, désarmement des combattants, futurs systèmes électoraux. Pour Rabat, c’est la preuve que l’acquis de 2025 se traduit en «architecture institutionnelle».

Un rapport de force diplomatique favorable

Cette séquence s’inscrit dans une trajectoire plus longue que décrit le quotidien espagnol El País. La reconnaissance américaine de 2020 a, selon l’universitaire Bernabé López García, marqué un tournant : pour la première fois, une grande puissance avalisait la position de Rabat. La résolution 2797 a ensuite bénéficié du soutien de trois membres permanents du Conseil de sécurité, à savoir les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. La Chine et la Russie se sont abstenues, sans exercer leur droit de veto. Pour Lahcen Haddad, universitaire marocain spécialiste des relations internationales, le texte constitue «une avancée diplomatique significative», et l’absence de veto confirme «l’existence d’une marge de manœuvre diplomatique pour poursuivre les discussions» sur la base du plan marocain.

Le mouvement dépasse le Conseil de sécurité : retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2016, ouverture d’une trentaine de consulats à Laâyoune et à Dakhla, et, le 8 août dernier, reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara par la Colombie, après d’autres pays latino-américains. Reste à savoir si le vote du 31 octobre confirmera cette dynamique.

Articles similaires