Pénurie mondiale du diesel : Quel risque pour le Maroc ?
Depuis le début du mois d’octobre, le marché international du diesel subit une pression inédite, sur fond de guerres en Ukraine et au Moyen-Orient. Les frappes contre les raffineries en Russie et en Ukraine ont en effet considérablement réduit l’offre en produits raffinés sur les marchés mondiaux, en particulier le diesel. Cette situation pourrait avoir des conséquences préjudiciables pour le Maroc, qui dépend de l’étranger pour ses approvisionnements.

Sous l’effet des tensions géostratégiques mondiales, le marché pétrolier reste sous pression, entraînant une forte volatilité des prix. Cette instabilité se répercute sur les produits raffinés, notamment le diesel, dont les cours ont atteint des niveaux historiquement élevés en raison des bombardements des capacités de raffinage en Russie et en Ukraine. Ce qui perturbe le marché des hydrocarbures et alimente la flambée des prix.
Ainsi, le prix moyen du litre de diesel à la pompe dans l’Union européenne tourne autour de 2,15 euros, tandis qu’aux États-Unis, le prix du gallon s’établit à 6,12 dollars. Au Maroc, le prix du diesel varie selon les compagnies, les stations-service et les régions, dans une fourchette comprise entre 15,30 et 16,29 DH le litre.
La baisse de l’offre de diesel sur le marché international remonte en réalité à la pandémie de Covid-19, qui a entraîné la fermeture de plusieurs raffineries en Amérique du Nord et d’une trentaine en Europe. Ce déficit a récemment conduit de grands pays producteurs d’hydrocarbures, dont la Russie, la Chine et les États-Unis, à privilégier leurs marchés intérieurs au détriment des exportations.
Au Maroc, le diesel est le carburant le plus consommé dans le parc automobile roulant, qui compte plus de 4,7 millions de véhicules. Il est également largement utilisé dans l’industrie, l’agriculture, le transport de marchandises et d’autres secteurs d’activité.
« Le Maroc est directement touché par les perturbations du marché international des carburants, notamment le diesel. De grandes puissances mondiales comme les États-Unis et certains pays européens redoutent la pénurie de ce produit et commencent à envisager des mesures préventives », souligne Houcine Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz, affilié à la Confédération démocratique du travail (CDT).
Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, a certes assuré que le Royaume dispose de 40 à 60 jours de stocks, conformément au cadre légal, mais des incertitudes persistent à ce sujet.
« Cette situation est apparue avec l’entrée en vigueur de la transition énergétique, marquée par l’arrêt des investissements dans l’industrie du raffinage. La guerre en Ukraine a mis à nu cette orientation et montré ses limites. La dernière guerre du Golfe n’a fait qu’aggraver la situation », explique Houcine Yamani, ajoutant que « cette situation interpelle le gouvernement quant à l’absence d’une raffinerie au Maroc. Car il est plus facile de trouver actuellement du pétrole brut que des produits raffinés sur le marché international ».
Les hostilités en Ukraine et dans le Golfe ont eu des répercussions sur l’industrie du raffinage. Par conséquent, la hausse des prix du gasoil ne suit pas nécessairement celle du pétrole brut.
« Actuellement, les cours du brut s’affichent autour de 104 dollars le baril. Si la Samir était encore opérationnelle, ses marges auraient atteint les 3 milliards de dollars annuellement. C’est une grosse perte pour le Maroc qui pouvait être évitée. La fermeture de la Samir est une erreur stratégique. Dans son dernier discours à l’occasion de l’ouverture du Parlement, SM le Roi a mis l’accent encore une fois sur la nécessité de reconstituer les réserves énergétiques », conclut Houcine Yamani.
Il faut rappeler que le Maroc importe près de 7 millions de tonnes de carburants, en volume, pour une valeur de 47,1 milliards de DH. Le diesel représente 88% de ces importations. Il dispose d’une capacité de stockage de 1,57 million de tonnes. Les compagnies pétrolières investissent chaque année pour l’améliorer. Plus cette capacité augmente, plus il devient possible de mieux maîtriser les fluctuations des prix.
Dans son dernier rapport du mois de septembre 2026, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les prix du diesel vont poursuivre leur hausse dans le marché international jusqu’à 2027. Anticipant une hausse de la production, elle estime par ailleurs que celle-ci sera insuffisante pour combler le déficit existant dans le marché international et réduire les prix, qui devraient s’accentuer avec l’approche de l’hiver.
L’institution note que leur hausse a une répercussion directe sur le pouvoir d’achat des ménages et l’activité économique.





