Ghita Mezzour : la scientifique face à la machine administrative

Ghita Mezzour : la scientifique face à la machine administrative

Ghita Mezzour n’est pas entrée en politique par les couloirs partisans, mais par la porte étroite de la recherche. Ingénieure formée à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), docteure de Carnegie Mellon University, elle a longtemps évolué dans un univers où l’on mesure, l’on teste et l’on corrige avant d’annoncer.

Enseignante-chercheuse à l’Université Internationale de Rabat, elle s’est intéressée de près aux usages du numérique, à l’intelligence artificielle et à tout ce que ces technologies peuvent changer dans la vie réelle, à savoir l’accès à l’emploi, la cybersécurité, l’optimisation des services, la décision fondée sur la donnée. Un profil technique, mais jamais déconnecté du terrain.

Le 7 octobre 2021, elle est nommée par le Roi ministre déléguée auprès du chef du gouvernement, chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration. Sur le papier, le portefeuille semble taillé sur-mesure. Mais dans les faits, le chantier est l’un des plus ingrats. Il est question de moderniser sans casser, accélérer sans provoquer de rejet, faire converger des systèmes d’information hétérogènes, et surtout, transformer une promesse politique en expérience tangible pour le citoyen.

Là où le discours adore l’instantané, l’Administration impose ses délais, ses contraintes juridiques, ses inerties et ses «oui, mais». Son style tranche avec les codes habituels. Moins dans l’effet d’annonce, plus dans la méthode: poser un diagnostic, prioriser, lancer des pilotes, industrialiser quand ça fonctionne. Mais la méthode, en politique, se heurte souvent à une exigence permanente de visibilité.

La transformation digitale ne se juge pas seulement à l’architecture d’un projet, mais à la simplicité d’un service, au temps gagné au guichet, à la fluidité d’une démarche. Son passage au gouvernement se termine lors du remaniement du 23 octobre 2024, quelques semaines après la présentation de la stratégie «Maroc Digital 2030», un jalon qui résume l’ambivalence de la fonction.

Après ce départ, retour à son ADN qui est l’IA et la transformation, côté conseil et innovation. Elle retrouve alors le secteur privé et ses projets technologiques à travers Decisive AI, là où l’exécution dépend moins des circuits administratifs.

 

F.Z Ouriaghli

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