Pouvoir d’achat : ce qui coûte réellement plus cher aux ménages

Pouvoir d’achat : ce qui coûte réellement plus cher aux ménages

Carburants autour de 15 DH le litre, prix alimentaires globalement plus modérés mais toujours élevés sur certains produits : le sentiment de vie chère ne se traduit pas par une hausse uniforme de tous les prix. Derrière l’inflation moyenne se cachent des évolutions très différentes selon les postes de dépenses.

 

Par K. A.

Depuis le début de l’été, les ménages marocains font face à une nouvelle séquence de tensions sur leur budget, avec un poste qui se détache nettement : les carburants. À Casablanca, le litre de gasoil était fixé autour de 12,60 DH début juillet. Après plusieurs révisions successives, il dépassait 15,30 DH à la mi-septembre. La hausse approche ainsi 2,70 DH par litre en un peu plus de deux mois, soit plus de 20%. Pour le portefeuille, l’effet est immédiat. Un plein de 50 litres coûte désormais environ 765 DH, contre près de 630 DH début juillet, soit quelque 135 DH supplémentaires.

Pour un automobiliste qui consomme 80 litres par mois, le surcoût atteint environ 216 DH. À 100 litres mensuels, il approche 270 DH. Ces montants ne constituent pas une moyenne nationale de consommation, mais permettent de mesurer concrètement l’effet de la hausse à la pompe. Cette pression sur les carburants n’est d’ailleurs pas nouvelle dans le débat public.

Dès le mois d’avril, Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, reconnaissait devant la Chambre des représentants les effets de la hausse des prix énergétiques sur les ménages. Elle avait notamment souligné que le gouvernement était conscient de ces répercussions sur «les coûts de transport et les chaînes d’approvisionnement», ainsi que de leur impact sur le pouvoir d’achat. La question est d’autant plus sensible que le Maroc reste fortement dépendant des importations de produits pétroliers.

Le Conseil de la concurrence rappelle que les fluctuations des cotations internationales du gasoil et de l’essence influencent les conditions d’approvisionnement et les prix sur le marché national. Entre le 1er mars et le 16 mai 2026, l’institution avait ainsi constaté une hausse cumulée de 4,18 DH/ litre du prix du gasoil à la pompe, contre 4,24 DH pour les cotations internationales de référence. Sur la question des mécanismes de soutien, Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, défendait en mai dernier une approche fondée davantage sur le ciblage que sur une subvention généralisée.

Invité des «Nuits de la Finance» organisées par Finances News Hebdo, il expliquait qu’«une subvention sur le carburant profite davantage à celui qui consomme le plus», estimant que «les aides directes permettent de mieux cibler les ménages qui en ont réellement besoin et que les stocks stratégiques de carburants doivent avant tout servir à prévenir les pénuries et non à réguler artificiellement les prix». Sur l’alimentation, le constat reste beaucoup plus nuancé. Selon les dernières données nationales disponibles du HCP, celles d’août 2026, les prix alimentaires ont augmenté de 0,9% par rapport à juillet, tout en reculant de 3,9% sur un an.

Dans le détail, le HCP relevait des hausses mensuelles de 2,8% pour les poissons et fruits de mer ainsi que pour le lait, le fromage et les œufs, de 2,2% pour les viandes, de 1% pour les légumes et de 0,3% pour le café, le thé et le cacao. En revanche, les prix des fruits ont diminué de 1,9%. Ainsi, la tendance montre un rebond mensuel en août, après la baisse observée en juillet, alors que les prix alimentaires restent globalement inférieurs à leur niveau d’un an auparavant. Cela n’empêche pas certains produits de rester chers ou de connaître des hausses ponctuelles. Et surtout, une diminution sur un an ne signifie pas nécessairement un retour aux niveaux observés avant les fortes poussées inflationnistes des années précédentes.

 

Une inflation faible qui ne dit pas tout

C’est tout le paradoxe de la période. En août, l’indice général des prix à la consommation a augmenté de 0,8% sur un mois, tout en restant en baisse de 0,3% sur un an. Mais toutes les dépenses n’évoluent pas de la même manière. Toujours selon le HCP, la division «Transport» affichait une hausse de 7,3% sur un an en août. Surtout, les carburants ont augmenté de 9,8% entre juillet et août, tandis que les hausses intervenues en septembre ne sont pas encore visibles dans cet indice.

Il existe donc toujours un décalage entre la photographie statistique disponible et ce que paient actuellement les automobilistes. Par ailleurs, selon l’Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022-2023 du HCP, la dépense moyenne d’un ménage marocain atteignait 83.713 DH par an, soit près de 6.980 DH par mois. L’alimentation représentait 38,2% des dépenses, contre 5,8% pour le transport. Ces moyennes cachent cependant de fortes disparités.

Un ménage sans voiture ne subit évidemment pas le même choc qu’un foyer utilisant quotidiennement un véhicule diesel. Pour ce dernier, la seule hausse du gasoil depuis début juillet peut représenter entre 135 et 270 DH supplémentaires par mois, selon son niveau de consommation. Et il ne s’agit que de l’effet direct. Si le carburant reste durablement cher, la pression peut progressivement se transmettre aux coûts de transport des marchandises, aux livraisons et à certains services. Le pouvoir d’achat ne se résume donc pas au taux d’inflation. Une inflation moyenne faible peut parfaitement coexister avec une hausse importante d’une dépense difficilement compressible. 

 

 

 

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