Investissement : les réseaux sociaux, nouveau terrain de chasse des escrocs

Investissement : les réseaux sociaux, nouveau terrain de chasse des escrocs

Faux agréments, usurpation de l’identité de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, promesses de rendements spectaculaires et plateformes affichant des gains fictifs : les escroqueries à l’investissement se professionnalisent au Maroc. Face à la recrudescence du phénomène, l’AMMC vient une nouvelle fois de tirer la sonnette d’alarme.

 

Par K. A.

Tout commence parfois par une publicité aperçue sur Facebook, Instagram ou une autre plateforme sociale. Une opportunité d’investissement présentée comme très rentable, un accès privilégié à des opérations financières ou les conseils d’un prétendu expert en trading. Quelques clics plus tard, l’internaute est invité à rejoindre un groupe privé sur WhatsApp ou Telegram. C’est précisément ce scénario qui inquiète l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).

Dans une mise en garde publiée le 16 septembre 2026, le régulateur appelle le public à renforcer sa vigilance face à la «recrudescence de plateformes d’investissement frauduleuses», diffusées notamment à travers les réseaux sociaux et les applications de messagerie instantanée. La sophistication des dispositifs employés constitue l’un des principaux changements. Certaines plateformes utilisent frauduleusement le logo de l’AMMC, des cachets ou encore de prétendus certificats d’agrément afin de donner à leurs offres une apparence officielle et rassurante.

Du premier clic au premier versement

Le mode opératoire suit généralement plusieurs étapes. Une publicité ou un contenu promotionnel attire d’abord l’internaute avec une promesse de rendement élevé ou une opportunité présentée comme limitée dans le temps. Celui-ci est ensuite orienté vers un groupe privé, souvent présenté comme un espace de conseil, de formation ou d’échange entre investisseurs. Vient alors le premier versement. Pour installer la confiance, les plateformes peuvent afficher sur l’interface du client des bénéfices qui ne correspondent pas nécessairement à des gains réellement générés. L’utilisateur, persuadé que son investissement fonctionne, est ensuite encouragé à engager des montants plus importants. Le piège apparaît généralement au moment du retrait. Les fonds deviennent soudain inaccessibles. Dans certains cas, de nouvelles sommes sont réclamées au titre de prétendus frais, commissions ou formalités nécessaires pour «débloquer» l’argent. La mécanique repose ainsi sur une succession d’étapes bien rodées : rassurer, afficher des gains, pousser à réinvestir puis compliquer, voire empêcher toute récupération des fonds.

L’agrément, pièce maîtresse de la mise en scène

La présence d’un logo officiel ou d’un document portant la mention «agrément» ne constitue évidemment aucune garantie. L’AMMC met précisément en garde contre l’utilisation de faux certificats et rappelle que l’identité et le statut de l’interlocuteur doivent être vérifiés avant tout versement. Le régulateur met à disposition sur son site des outils permettant de vérifier les agréments des intervenants autorisés. La prudence doit également concerner les recommandations financières diffusées sur Internet. Dès décembre 2025, l’AMMC signalait déjà une multiplication des recommandations d’achat ou de vente d’actions circulant en ligne ou dans des groupes privés de messagerie, ainsi qu’une progression des plateformes de trading potentiellement frauduleuses.

Combien de victimes au Maroc ?

C’est aujourd’hui l’un des angles morts du phénomène. Dans son communiqué du 16 septembre dernier, l’AMMC évoque une «recrudescence», mais ne communique ni le nombre de plateformes détectées, ni le nombre de victimes identifiées, ni une estimation globale des sommes perdues. Les statistiques disponibles permettent toutefois de mesurer l’augmentation des sollicitations adressées au régulateur, sans pouvoir les assimiler aux seules escroqueries financières. En 2024, l’AMMC avait reçu 98 plaintes de particuliers, soit une hausse de 46% par rapport à 2023. Sur ce total, 75 ne relevaient pas de son champ de compétence. Les plaintes recevables concernaient par ailleurs différents litiges liés au marché des capitaux et non exclusivement des plateformes frauduleuses. Le phénomène dépasse également le seul champ de compétence du régulateur. Certaines plateformes proposant le trading d’actifs tels que l’or ou les devises peuvent se situer hors de son périmètre de supervision.

Une fraude dopée par les réseaux sociaux

Le phénomène ne concerne pas uniquement le Maroc. Les régulateurs internationaux s’inquiètent eux aussi de l’influence croissante des réseaux sociaux sur les décisions des investisseurs particuliers. Dans son rapport annuel 2024, l’AMMC relaie notamment les travaux de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV-IOSCO) consacrés à la sécurité en ligne des investisseurs. L’organisation attire notamment l’attention sur les risques liés aux «influenceurs», aux produits financiers à haut risque promus sur les réseaux sociaux ou encore au copy trading. Pour les fraudeurs, cette évolution ouvre un nouveau terrain de chasse. Plus besoin d’un bureau ou d’un interlocuteur physiquement identifiable : un site bien conçu, quelques captures d’écran affichant des performances spectaculaires, un groupe de discussion actif et un faux document officiel peuvent désormais suffire à créer une apparence de crédibilité.

 

 

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