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Leïla Benali : l’architecte d’une transition énergétique maîtrisée

Leïla Benali : l’architecte d’une transition énergétique maîtrisée

Ingénieure de formation, économiste rompue aux arcanes des marchés internationaux de l’énergie et familière des grandes institutions financières spécialisées, Leïla Benali s’est imposée, depuis son entrée au gouvernement en octobre 2021, comme l’une des figures les plus techniques de l’équipe Akhannouch. Nommée à la tête du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, elle succédait à Aziz Rabbah dans un contexte mondial d’une rare turbulence.

Son arrivée aux affaires coïncide, en effet, avec une période marquée par l’explosion des prix des hydrocarbures, la recomposition des dépendances géopolitiques et l’accélération des engagements climatiques. Autant de variables qui ont replacé l’énergie au centre de l’équation macroéconomique des Etats importateurs nets, au premier rang desquels figure le Maroc. Mais au-delà de la conjoncture, le profil même de la ministre éclaire la cohérence de son action publique.

Une trajectoire internationale

Née à Casablanca, Leïla Benali est ingénieure diplômée de l’Ecole Mohammedia d’ingénieurs et de l’Ecole Centrale Paris (promotion 2001). Elle est également titulaire d’un DEA en sciences politiques et d’un nu à Sciences Po. Sa thèse, soutenue en 2010, portait sur les réformes du secteur de l’électricité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, thématique qui annonçait déjà son ancrage intellectuel dans les problématiques énergétiques régionales. Après des débuts professionnels chez ONA et Schlumberger, elle enseigne les politiques énergétiques à Sciences Po tout en poursuivant une carrière dans le secteur privé.

En 2013, elle rejoint Saudi Aramco, géant mondial des hydrocarbures, avant d’intégrer l’APICORP — devenue Arab Energy Fund — en qualité d’économiste en chef et de stratège en chef, où elle pilote les départements stratégie et durabilité. Elle occupe également des fonctions au sein de l’International Energy Forum, l’une des principales plateformes mondiales de dialogue énergétique. Membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement, elle participe aux travaux de refondation stratégique du pays avant d’être appelée au gouvernement.

L’énergie, levier de souveraineté économique

La crise énergétique mondiale a révélé, avec acuité, la vulnérabilité structurelle d’un pays dont la dépendance énergétique demeure élevée. Le Maroc importe, en effet, chaque année pour plus de 3 milliards de dollars d’énergies fossiles. Dès lors que les cours internationaux du gaz et du pétrole s’envolent, l’impact se diffuse immédiatement: aggravation du déficit commercial, tension sur la balance des paiements, pression sur le budget de compensation et transmission indirecte à l’inflation.

Dans ce contexte, la transition énergétique ne pouvait plus être appréhendée comme un agenda environnemental parmi d’autres. Elle devenait un instrument de stabilisation économique et un impératif de souveraineté. Sous l’impulsion de Leïla Benali, le ministère a donc privilégié une approche articulée autour de plusieurs axes : diversification des sources d’approvisionnement, accélération des projets renouvelables, renforcement des capacités de stockage et d’interconnexion et positionnement stratégique du Royaume sur le segment émergent de l’hydrogène vert. Lors des Nuits de la Finance organisées à Rabat par Finances News Hebdo, la ministre soulignait d’ailleurs la nécessité «d’opérer un véritable choc de compétitivité capable de desserrer les étaux énergétiques qui pèsent sur les ménages, les industriels et les finances publiques».

De la gestion de crise à la réforme structurelle

La gestion de la période postpandémique et du choc énergétique a reposé sur un principe de continuité d’approvisionnement sans dérapage budgétaire. La diversification des fournisseurs et le renforcement des infrastructures d’importation ont permis de réduire le risque systémique, même si la contrainte externe demeurait, par nature, difficilement maîtrisable. Parallèlement, la réforme structurelle s’est poursuivie.

En dix ans, le Maroc est passé de 400 millions à 1,5 milliard de dollars d’investissements annuels dans le secteur énergétique. Le pays a rattrapé son retard sur les objectifs fixés pour 2020 et ambitionne de dépasser 52% de capacité renouvelable avant 2030. Mais, comme le rappelle la ministre, «le vrai enjeu, ce n’est pas le pourcentage de renouvelables installées, c’est le prix du kilowattheure. Nous devons abaisser de 70% le coût de l’énergie pour redevenir compétitifs».

Dans cette perspective, le solaire et l’éolien constituent des avantages comparatifs évidents pour le Royaume. Leur accélération conditionne le coût futur de l’électricité industrielle et, partant, l’attractivité du territoire. Concernant l’hydrogène vert, il s’agit de capter des investissements, d’attirer des partenariats industriels et d’insérer le Maroc dans les chaînes de valeur bas-carbone qui structureront l’économie mondiale des prochaines décennies.

En définitive, le mandat de Leïla Benali a reposé sur un triple impératif stratégique : assurer la sécurité d’approvisionnement dans un monde fragmenté, contenir l’impact budgétaire des chocs externes et accélérer, sans rupture brutale, la transformation du mix énergétique national. Loin des postures idéologiques, son discours privilégie la cohérence économique et la conformité à la vision royale, qui place le développement durable au cœur du modèle de croissance. Plein succès pour la suite, Leïla ! 

 

F.Z Ouriaghli

 

 

 

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