Guerre, pétrole et secousses boursières

Guerre, pétrole et secousses boursières

La Bourse n’aime pas l’incertitude. Et lorsque la géopolitique s’emballe, elle réagit souvent plus vite que l’économie réelle. La récente correction du MASI, qui a perdu près de 10% en deux séances dans le sillage de l’escalade militaire au Moyen-Orient, illustre cette mécanique bien connue des marchés financiers : le réflexe immédiat face au risque. Mais derrière la nervosité des écrans et la succession de séances agitées, une réalité plus nuancée apparaît.

La volatilité boursière traduit avant tout un ajustement rapide des anticipations, non un effondrement des fondamentaux. C’est pourquoi la Bourse de Casablanca n’a pas échappé au mouvement global de revalorisation du risque. Le marché marocain sortait d’ailleurs d’une longue phase de progression. L’indice MASI avait atteint des sommets historiques après plusieurs années de hausse alimentée par les bons résultats des entreprises, l’arrivée de nouvelles introductions en Bourse et l’élargissement de la base d’investisseurs particuliers.

Une correction après un tel parcours n’a donc rien d’anormal. La mémoire financière marocaine montre que ces épisodes de turbulence ne sont pas nouveaux. La crise financière mondiale de 2008, les tensions régionales du début des années 2010, la crise sanitaire de 2020 ou encore le choc énergétique provoqué par la guerre en Ukraine ont tous eu pour conséquences des secousses sur la place casablancaise.

Pourtant, à chaque fois, la tendance de long terme a fini par se rétablir. Il faut dire que les investisseurs ont intégré plusieurs facteurs simultanément, notamment l’extension du conflit entre l’Iran, Israël et les Etats-Unis, la menace sur les grandes routes maritimes et, surtout, le contournement du canal de Suez et la fermeture du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime concentre à lui seul environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde.

Lorsqu’il est paralysé, le système énergétique international se retrouve immédiatement sous tension. Raison pour laquelle le cours du baril de pétrole s’est emballé, s’établissant désormais autour de 85 dollars. Et c’est justement par le canal énergétique que l’économie nationale risque de ressentir les effets de la guerre au Moyen-Orient. Le Maroc demeure fortement dépendant des importations d’hydrocarbures pour couvrir ses besoins. Lorsque les prix du pétrole et du gaz augmentent brutalement, la facture énergétique s’alourdit mécaniquement.

Cette hausse se répercute sur la balance commerciale, les coûts de production des entreprises et, à terme, sur l’inflation. Un choc énergétique prolongé aurait ainsi plusieurs répercussions : inflation importée, pression sur les finances publiques et ralentissement potentiel de la croissance. Pour autant, le Maroc aborde cette nouvelle turbulence avec certains atouts. Les réserves de change offrent un coussin de sécurité face aux chocs externes.

La diversification progressive du mix énergétique, notamment grâce aux énergies renouvelables, réduit progressivement la dépendance aux combustibles fossiles. De plus, les grands programmes d’investissement, notamment dans les infrastructures, continuent d’alimenter l’activité économique. Bref, entre la nervosité des marchés et la réalité des fondamentaux, il y a souvent un décalage. Et c’est précisément dans cet intervalle que se mesure la capacité de résilience de l’économie nationale. 

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

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