Finances News HebdoFinances News Hebdo
Bourse & Finances

Après l'euphorie, le défi de retenir les investisseurs particuliers

Portés par les introductions en Bourse et un marché haussier, les particuliers ont fait un retour remarqué à la Bourse de Casablanca depuis 2024. Mais le ralentissement observé en 2026 pose une question de fond : comment fidéliser cette nouvelle population d'investisseurs dans un marché baissier ?

SPar S.Ch
|Publié le 14 Octobre 2026 à 14:10
Partager
Après l'euphorie, le défi de retenir les investisseurs particuliers

Depuis 2024, les investisseurs particuliers sont redevenus des acteurs incontournables de la Bourse de Casablanca. Au deuxième trimestre 2025, les personnes physiques marocaines ont même généré plus de volumes que les investisseurs institutionnels, une première significative. Au troisième trimestre, elles représentaient encore 30% des volumes échangés. Selon la Bourse de Casablanca, la part des particuliers dans les volumes traités est passée d'environ 10% à près de 30% en deux ans.

Cet engouement se lit aussi dans la base de clientèle. En 2025, le nombre de clients des sociétés de Bourse a bondi de 142,3% à 135 287, dont près de 32.000 personnes physiques marocaines actives.

Le facteur déterminant de ce retour reste les introductions en Bourse. Les opérations de Vicenne, Cash Plus et SGTM ont permis de lever à elles seules 6,1 milliards de dirhams et ont attiré de nombreux primo-investisseurs. Mais elles n'expliquent pas tout. La forte hausse du MASI a renforcé l'attrait du marché, tandis que la digitalisation a facilité l'accès : près de 69% des ordres passés sur le marché actions au premier semestre 2025 l'ont été via la Bourse en ligne.

L'année 2026 marque un ralentissement de cette dynamique. Le marché est orienté à la baisse, les «papiers frais» se font rares, avec une seule introduction, celle de T2S Group Holding en juillet, et le contexte géopolitique reste incertain. Le volume global des transactions a ainsi reculé de 38,5%.

La comparaison des premiers trimestres de 2024, 2025 et 2026 illustre bien ce cycle.

Au premier trimestre 2024, dans un contexte marqué par une progression de 7,6 % du MASI et une hausse de 82,8 % du volume global sur un an, les personnes physiques marocaines représentaient 24% des échanges sur le marché central actions. Leurs achats atteignaient 2,7 milliards de dirhams, contre près de 2,8 milliards de ventes. Elles restaient toutefois derrière les OPCVM (34%) et les personnes morales marocaines (28 %).

Le premier trimestre 2025 a marqué une nette accélération. Le volume global a atteint 33,3 milliards de dirhams, en hausse de 185,2%, tandis que le MASI progressait de 20,2%. Les achats des particuliers sont passés à environ 7,7 milliards de dirhams et leurs ventes à 7,9 milliards, soit près de trois fois les niveaux de l'année précédente. Leur part s'est établie à 24,9%.

Le premier trimestre 2026 confirme le changement de tendance. Le volume global est revenu à 26,9 milliards de dirhams et le MASI a reculé de 8,9%. La part des particuliers est retombée à 22,6%. Leurs achats ont diminué de 19,8% à 6,2 milliards de dirhams, et leurs ventes de 29,5% à 5,6 milliards. Fait notable, les particuliers sont restés nets acheteurs : le ralentissement ne traduit pas un désengagement généralisé, mais plutôt une prudence accrue.

Tout l'enjeu est désormais de transformer cet afflux conjoncturel en présence durable. L'histoire de la place casablancaise montre que les particuliers attirés par une vague d'IPO peuvent quitter le marché aussi vite qu'ils y sont entrés lorsque les cours se retournent.

Plusieurs freins compliquent cette fidélisation. Au-delà du niveau d'éducation financière, de la perception du risque et des capacités d'épargne des ménages, l'absence de mécanismes permettant de profiter facilement des phases de baisse pèse sur les investisseurs individuels. Dans un contexte comme celui de 2026, ils disposent de peu d'outils pour adapter leur stratégie. La rareté des nouvelles introductions réduit aussi les occasions d'attirer et de remobiliser cette clientèle. S'y ajoutent l'accès à l'information et la complexité perçue de l'investissement en actions.

Les autorités du marché ont pris la mesure du sujet. La Bourse de Casablanca a lancé une étude approfondie sur le profil et les comportements des investisseurs particuliers, portant notamment sur leur horizon de placement, leur appétence au risque, leurs réactions en phase de hausse comme de correction et leur usage des outils digitaux. Ces résultats doivent permettre de déployer des actions ciblées, en coordination avec l'ensemble de l'écosystème.


Articles similaires