Finances News HebdoFinances News Hebdo
Bourse & Finances

Dirham : Les ressorts d’une dépréciation installée depuis l’été

La baisse du Dirham face au Dollar et à l’Euro s’est accentuée entre fin septembre et début octobre. Engagée depuis l’été, la dégradation de la liquidité en devises pèse sur le marché marocain, déjà exposé au renchérissement des importations et à la vigueur du billet vert.

YPar Y.Seddik
|Publié le 13 Octobre 2026 à 12:16
Partager
dirham dollar

Un fournisseur payé en dollars, des équipements commandés en euros, un prix de vente déjà négocié en dirhams : pour les entreprises exposées au change, les dernières semaines ont compliqué les calculs. Du 1er au 7 octobre, le Dirham a cédé 2,95% face au Dollar et 1,47% face à l’Euro, selon Bank Al-Maghrib. Sur des règlements importants, quelques points de variation suffisent à entamer la marge d’une opération.

Le mouvement couvait depuis plusieurs mois. Entre le 1er juin et le 2 octobre, l’écart entre le cours du marché et le cours central du Dirham est passé de -3,35% à +1,51%. Près de cinq points parcourus à l’intérieur de la bande de fluctuation, à mesure que les conditions de liquidité en devises devenaient moins favorables à la monnaie nationale.

L’été a pourtant offert quelques répits puisqu’à la mi-juillet, Attijari Global Research constatait encore une détente de la liquidité et un léger raffermissement du Dirham. Le Dollar s’échangeait autour de 9,33 dirhams et l’Euro à 10,67 dirhams. Le spread de liquidité, qui mesure l’écart au cours central, restait proche de -2,95%. Le durcissement s’est surtout affirmé en septembre, avant la brusque accélération de la fin du mois.

Les calculs d’AGR donnent la mesure de ce changement. Du 21 au 25 septembre, la hausse de 0,89% du Dollar face au Dirham provenait presque à parts égales des fluctuations internationales et des tensions locales. La semaine suivante, sur les 2,69% de progression du billet vert, 1,84 point était imputable à l’effet liquidité, contre 0,85 point à l’effet panier. Le marché marocain expliquait alors près des deux tiers du mouvement.

La seule vigueur du Dollar ne suffit donc pas à rendre compte de la baisse du Dirham. L’Euro lui aussi coûte plus cher aux opérateurs marocains, alors qu’il recule face à la monnaie américaine. La pression sur les devises est assez forte localement pour renchérir les deux monnaies à la fois.

Le panier de référence du Dirham, composé de 60% d’Euros et de 40% de Dollars, amortit une partie des fluctuations internationales sans isoler le marché marocain de ses propres déséquilibres. À l’intérieur de la bande de ±5% autour du cours central, les cours réagissent aux besoins des acheteurs et aux devises proposées par les vendeurs. Lorsque les demandes de règlement prennent le dessus, le Dirham perd du terrain.

Or, les achats à l’étranger absorbent des montants croissants. À fin août, les importations atteignaient 617,5 milliards de dirhams, en hausse de 15,8%, tandis que les exportations progressaient de 8,7%, à 334,9 milliards. La facture énergétique, à elle seule, représentait 96,4 milliards de dirhams, soit 32,6% de plus qu’un an auparavant. Le rythme des décaissements et celui des encaissements ne se lisent pas directement dans ces statistiques, mais l’écart entre les deux flux commerciaux nourrit les besoins en devises.

Pour un importateur d’énergie, le cumul est particulièrement pénalisant : une matière première plus chère et un Dollar qui monte alourdissent ensemble le règlement en dirhams. Les entreprises achetant des équipements, des marchandises ou des composants à l’étranger subissent également le renchérissement du change. Certaines peuvent ajuster leurs tarifs. D’autres doivent honorer des prix convenus plusieurs semaines, voire plusieurs mois plus tôt, et absorber la différence.

Du côté des exportateurs, chaque Euro ou Dollar encaissé procure davantage de dirhams. Le bénéfice dépend cependant de ce que l’entreprise paie dans la même monnaie. Des achats de matières premières, des équipements importés ou des échéances de dette peuvent absorber une partie de ce supplément. Pour les investisseurs en Bourse, la part du chiffre d’affaires réalisée à l’international renseigne donc moins que le solde entre recettes et dépenses en devises, après couverture.

Cette tension s’installe alors que les réserves officielles continuent de progresser. Au 2 octobre, elles s’établissaient à 515,7 milliards de dirhams, en hausse de 23% sur un an. Bank Al-Maghrib ne signale aucune adjudication de devises entre le 1er et le 7 octobre. L’abondance des réserves à l’échelle du pays n’empêche pas des déséquilibres sur le marché interbancaire où les devises recherchées par les entreprises ne rencontrent pas nécessairement une offre équivalente au moment de leurs règlements.

Entre le 17 juillet et le 2 octobre, le Dollar est passé de 9,33 à 9,85 dirhams environ, et l’Euro de 10,67 à 11,08 dirhams. À titre d’illustration, une facture non couverte d’un million de dollars représente quelque 520.000 dirhams supplémentaires sur la base de ces cours arrondis. Pour une entreprise qui a déjà arrêté son prix de vente, cette différence vient directement réduire la marge attendue.

Articles similaires